Que L'AMOUR , LA TOLERANCE ET LA PAIX  REVIENNENT ET QUE LA LIBERTE, L'EGALITE ET

LA FRATERNITE REGNENT  POUR UN

AVENIR MEILLEUR   DANS  LE MONDE

 

liberté

1    PRÉSENTATION

liberté, état dans lequel un sujet peut agir sans contrainte ni obstacle, et qui lui permet de déterminer en toute autonomie les fins de son action ainsi que les moyens d'y parvenir.

On peut distinguer deux principaux types de liberté, comme l'affirme Montesquieu dans De l'esprit des lois (1748) : la « liberté philosophique », qui consiste dans l'exercice de la volonté, et la « liberté politique », qui désigne les droits des citoyens au sein d'une société.

2     CONCEPTIONS PHILOSOPHIQUES

La notion de liberté dans la philosophie grecque fut envisagée dans son rapport avec celle de destin. En vertu des thèses soutenues par le stoïcisme, l'homme doit se conformer aux lois de la nature : plus il se résigne à son sort, qui s'inscrit dans l'harmonie universelle, plus il est libre. Pour Aristote, la liberté se traduit par des actions volontaires qui n'obéissent pas à des contraintes extérieures, mais procèdent de l'individu clairement conscient des conditions particulières dans lesquelles il entreprend d'agir. Sans viser le Bien, ajoutait Plotin, prolongeant le raisonnement d'Aristote, il ne peut y avoir d'action libre.

Les penseurs chrétiens, comme saint Augustin et saint Thomas d'Aquin, considéraient que l'homme doit se libérer du péché originel et de l'asservissement au corps pour accéder au libre arbitre.

Dans les Méditations métaphysiques (1641), Descartes énonce que nous trouvons dans notre conscience la certitude d'un libre arbitre aussi infini que celui de Dieu lui-même. La liberté s'acquiert dans la pensée, qui conduit à la vérité en passant par le doute. La « libre-pensée » ne se soucie donc que de l'évidence du vrai.

Il n'existe qu'une seule substance, « Dieu, c'est-à-dire la Nature », qui pense et agit librement, affirme Spinoza dans l'Éthique (1674). Si les hommes se croient libres, c'est parce qu'ils sont conscients de leurs actions et de leurs appétits, mais ignorent les causes qui les déterminent.

Diderot conclut même que le mot « liberté » est vide de sens : il ne peut y avoir des êtres libres, car « nous ne sommes que ce qui convient à l'ordre général, à l'organisation, à la chaîne des événements » (Lettre à Landois, 1756).

Dans la Critique de la raison pure (1781), Kant aborde la question de savoir si l'homme est soumis à la nécessité ou s'il jouit d'une liberté réelle. Il qualifie cette contradiction d'« antinomie de la raison pure » pour montrer que la raison peut adopter chacune des deux thèses, mais qu'elle ne peut pas démontrer laquelle est la bonne, car le problème ainsi posé dépasse les pouvoirs de la raison pure. En revanche, en différenciant les phénomènes des noumènes, Kant peut affirmer qu'une totale nécessité gouverne les phénomènes - d'où l'existence des sciences qui reposent sur le déterminisme - et qu'il existe pour l'homme, au niveau du noumène, la liberté pratique, c'est-à-dire « l'indépendance de la volonté à l'égard de toute loi autre que la loi morale » (Critique de la raison pratique, 1788). Ainsi, la dimension morale de la liberté apparaît comme essentielle : l'autonomie, qui fait la grandeur de l'homme, consiste à suivre la volonté raisonnable, qui n'obéit qu'à sa propre loi.

Nietzsche récusa la notion de liberté. « L'homme agissant lui-même est dans l'illusion du libre arbitre », affirme-t'il dans Humain, trop humain (1878), partant de l'hypothèse selon laquelle rien n'échappe dans le monde à la nécessité. Il faudrait être omniscient, estime-t'il, pour pouvoir « calculer mathématiquement » toutes les actions humaines, or si notre savoir était illimité, il révélerait que la liberté est une illusion.

L'homme est « condamné à être libre », proclame Sartre dans l'Être et le Néant (1943), considérant la liberté, à l'instar de Kierkegaard, comme la possibilité de faire des choix, et soutenant comme lui que l'individu enfermé dans sa singularité ne dispose que de choix relatifs. Pour Heidegger, un autre représentant de l'existentialisme, la liberté consiste à se détacher de la vie quotidienne et de son insignifiance pour s'abandonner « au dévoilement de l'étant ».

3     CONCEPTIONS POLITIQUES

La liberté politique, qui correspond à la liberté d'action dont dispose l'individu dans la cité, concerne le rapport du sujet aux autres, et non pas à lui-même. C'est une liberté d'exécution, et non pas de décision : elle n'est pas du même ordre que la liberté philosophique, mais, en dernière instance, se fonde sur elle.

L'individu ne s'interroge pas tant sur sa liberté que sur celle des autres, car les libertés non régulées des autres peuvent toujours faire obstacle à la sienne. Il peut considérer qu'il est en concurrence avec autrui : il voit alors une source de désavantage dans le fait que les autres s'emparent librement de biens matériels ou de richesses spirituelles ; mais il peut estimer que la liberté d'autrui détruit la sienne, engendre sa dépendance, son aliénation, son assujettissement, conduit en fait à la limitation ou à la suppression de sa liberté. Hobbes offre une analyse approfondie de ces craintes dans le Léviathan (1651), en affirmant qu'elles sont liées à la peur de la mort, qui gouverne les actions humaines.

La liberté politique s'avère donc indispensable à l'épanouissement de l'individu tout en présentant une entrave à son bonheur, qui ne dépend pas seulement de lui mais aussi du groupe auquel il appartient. Analysant cette contradiction, Rousseau arrive à la conclusion, dans Du contrat social (1762) et les Lettres de la montagne (1764), que seul l'établissement de lois peut garantir la liberté de chacun : « Il n'y a point de liberté sans Lois, ni où quelqu'un est au-dessus des Lois. » Il convient donc d'instaurer des lois justes qui rendent possible la liberté de chaque citoyen car, en l'absence de cette forme de régulation, il existe toujours un risque de révolte, de désordre et donc d'anéantissement de la liberté de tous. La légalité et l'égalité, garanties par un État juste, constituent donc les conditions de la liberté : les hommes doivent être égaux devant la loi pour qu'il y ait liberté ; il n'y a de liberté que s'il y a liberté de tous, par tous et pour tous.

Si la liberté de l'individu a pour limite celle d'autrui, le sujet cesse de traiter ses semblables comme des ennemis, comme dans l'état de nature décrit par Hobbes ; il adhère alors au principe établi par la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. »

C'est dans le même esprit que la Révolution française a aboli les privilèges et prôné la devise ternaire « Liberté, Égalité, Fraternité ». Pour instaurer des libertés concrètes, il fallait d'abord garantir le cadre général dans lequel elles pouvaient s'exercer, c'est-à-dire la société politique. Ainsi passait-on d'une notion abstraite de liberté, pensée dans son unicité, à une conception concrète des libertés, envisagées dans leur pluralité. Telle fut la transition de la liberté aux droits, qui ouvrit la voie à la liberté physique, à la liberté de conscience, à la liberté d'expression et aux libertés publiques.

La liberté individuelle se réalise dans l'Histoire, affirma Hegel, elle ne prend sens que dans la société civile, dans la famille et dans l'État. L'émancipation politique, économique et sociale implique, selon Marx, que les individus se libèrent de l'esclavage du besoin, de la guerre entre les nations et de la lutte des classes.

Les sciences humaines ont montré au XXe siècle que les hommes sont déterminés par leur inconscient et leur milieu familial, comme le révèle la psychanalyse, et par leur milieu social, comme il apparaît dans l'approche introduite par la sociologie. À en croire certains représentants de ces disciplines, le mot « liberté » se rapporte à nos ignorances, tandis que pour d'autres penseurs il se réfère à l'idée qui gouverne l'existence humaine.

 

 

DITHYRAMBE SUR LA LIBERTÉ

(Traduction de Stanislas Julien, 1825)

1. Je te reconnais au tranchant de ton glaive redoutable; je te reconnais à ce regard rapide dont tu mesures la terre.

2. Sortie des ossements sacrés des Hellènes, et forte de ton antique énergie, je te salue, je te salue, ô Liberté !

3. Depuis longtemps tu gisais dans la poudre, couverte de honte, abreuvée d'amertume, et tu attendais qu'une voix généreuse te dît : « Sors de la tombe! »

4. Combien il tardait ce jour tant désiré ! Partout régnait un morne silence; les coeurs étaient glacés de crainte, et comprimés par l' esclavage.

5. Malheureuse! il ne te restait que la triste consolation de redire tes grandeurs passées, de les redire d'une voix entrecoupée de sanglots.

6. De jour en jour tu attendais le cri de l'indépendance, et tu te meurtrissais le sein dans ton désespoir.

7. Tu te disais: Ah! quand repousserai-je de ma tête le poids de l'infortune! Et, d'en haut, l'on te répondait par des pleurs, des gémissements et des chaînes.

8. Alors tu élevais ton regard obscurci par les larmes; et sur la robe découlaient des flots de sang, le sang des Grecs !

9. Sous un vêtement ensanglanté, tu sortis, je le sais, d'un pas furtif et silencieux, pour aller mendier l' assistance des nations étrangères.

10. Seule tu as entrepris ce voyage pénible, seule tu es revenue: qu'il est difficile d'ouvrir les portes où frappe la main de la misère !

11. L'un versa dans ton sein quelques larmes généreuses, mais nulle consolation. L'autre vingt fois te promit du secours, et te rendit victime d'une horrible déception.

12. D'autres, hélas! ravis de tes malheurs, s'écriaient: Va chercher tes enfants... Va, disaient les cruels !

13. Tu recules d'horreur, et, d'un pas rapide, tu vas fouler la pierre ou le gazon qui porte encore les traces immortelles de ta gloire.

14. Tu inclines languissamment ta tête chargée de douleurs, comme le malheureux qui heurte à la porte de l' opulence, et pour qui la vie n'est qu'un pénible fardeau.

15. Oui: mais maintenant pleins d'une noble ardeur, tous tes enfants combattent en héros, et cherchent avec un infatigable courage la victoire ou la mort.

16. «Sortie des ossements sacrés des Hellènes, et forte de ton antique énergie, je te salue, je te salue, ô Liberté! »

17. À peine le ciel voit-il tes efforts magnanimes; ce ciel qui, sur le sol où tu reçus le jour, faisait croître pour tes ennemis des fleurs et des fruits ;

18. Il brille pur et serein, et du sein de la terre s'échappe une voix formidable à laquelle répondent les accents belliqueux de Rhigas .

19. Toutes tes contrées te saluent par de vives acclamations, et les bouches épanchent avec enthousiasme les brûlants transports du coeur.

20. Les îles de la mer Ionienne frappent l' air de leurs cris, et élèvent les mains en signe d'allégresse:

21. Quoique chacune d'elles soit chargée de fers rivés avec art, et porte sur le front le sceau d'une liberté mensongère.

22. La patrie de Washington s' est émue jusqu ' au fond de l' âme, et s ' est rappelé les chaînes qui l'avaient accablée.

23. Le Lion espagnol rugit du haut de sa tour, comme s'il disait «je te salue» ; et il agite son horrible crinière.

24. Le Léopard de l' Angleterre frissonne de crainte, et, tout à coup, porte vers les confins de la Russie sa colère menaçante.

25. Il montre, à l'impétuosité de ses mouvements, sa force redoutable, et lance sur les flots de la mer Égée un regard étincelant.

26. Il te découvre aussi du haut des nues, l'oeil perçant de l' Aigle qui nourrit ses serres et ses ailes des entrailles de l 'Italie.

27. Acharné contre toi par une haine éternelle, le monstre fait entendre sans relâche sa voix glapissante, et épuise tous les moyens de te nuire.

28. Mais toi, tu ne songes qu'à trouver un théâtre pour tes premiers exploits, et dédaignant de répondre, tu écoutes sans t'émouvoir ses torrents de blasphèmes.

29. De même un vaste rocher laisse l'impur flot des mers inonder son pied inébranlable d'une impuissante écume.

30. De même il laisse la pluie, la grêle et la tempête battre follement son immense, son éternel sommet.

31. Malheur, malheur à celui qui, tombé sous ton glaive, voudra t'opposer une opiniâtre résistance!

32. Dès que la lionne s'aperçoit de l' absence de ses nourrissons, elle rôde, elle s'élance, elle a soif de sang humain.

33. Elle court, elle vole à travers les bocages, les vallons, les collines, et promène en tous lieux l'horreur, la solitude et la mort.

34. La mort, la solitude et l'horreur signalent aussi ton passage, et le cimeterre hors du fourreau ne fait qu'enflammer ta valeur.

35. Mais déjà s'élèvent devant toi les murs de la malheureuse Tripolitza, déjà tu brûles de les abattre sous les foudres de la terreur.

36. On voit, à ton oeil magnanime, que tu es sûre de la victoire, quoiqu'elle renferme des milliers de soldats, et toutes les ressources de la guerre.

37. Leur marche imposante, leurs vastes frémissements annoncent une multitude sans nombre; entends-tu les menaces intarissables des hommes et des enfants ?

38. «- À peine vous restera-t-il (infidèles) quelques yeux, quelques « bouches pour pleurer et plaindre les tristes victimes de la guerre. »

39. L'ennemi s'avance; Bellone allume ses foudres grondantes, le fusil brille, et lance l'éclair, le glaive étincelle et promène la mort dans les rangs.

40. Pourquoi le combat a-t-il été si court? Pourquoi a-t-on versé si peu de sang? Je vois l'ennemi s'enfuir et monter en désordre à la forteresse .

41. Compte... Ils sont innombrables, les fuyards qui, entraînés par la crainte, se laissent couvrir de honteuses blessures jusqu' au pied de leur citadelle.

42.«Allez-y attendre votre mort inévitable. La voici... elle vous presse, « elle vous frappe: répondez dans l'ombre de la nuit. »

43. Ils répondent; le carnage commence avec un nouvel acharnement, et l'écho des collines lointaines répète avec effroi le tumulte de la mêlée.

44. J'entends le bruit sourd des tubes homicides, j'entends le choc des épées, j'entends le fracas des poutres, j'entends les coups de hache, j'entends les grincements de dents.

45. Ah! qu'elle était terrible cette nuit dont le souvenir seul porte le frisson dans l'âme ! Elle menait à sa suite le sommeil; mais c'était le cruel sommeil de la mort.

46. L'heure, le lieu de la scène, les cris, le tumulte, la rage impitoyable des combattants, les torrents de fumée, -

47. Le fracas du bronze, et les ténèbres épaisses que sillonnaient d'affreux éclairs, représentaient l'enfer entrouvrant ses abîmes pour dévorer la race musulmane.

48. C'était l'enfer même... On vit paraître des milliers d'ombres hideusement dépouillées, des filles, des vieillards, des jeunes gens, des enfants encore à la mamelle.

49. On vit fourmiller, comme de noirs essaims, tout le cortège des morts, semblable au voile lugubre qui suit l'homme à sa dernière demeure.

50. La terre vomissait à flots pressés les mânes de tous ceux qui avaient été les victimes innocentes de la fureur des Turcs.

51. Aussi nombreux sont les épis que l'automne fait tomber sous la faux du moissonneur. Ils couvraient presque toutes les contrées d'alentour.

52. À la lueur d'un astre incertain et lugubre, ils se mêlent, ils se confondent, et montent à la citadelle entourés du silence de la mort.

53. Ainsi lorsque, dans la plaine, le pâle croissant des nuits laisse échapper parmi d'épais bocages sa lumière faible et douteuse;

54. Si le vent vient à frémir à travers les flexibles arbrisseaux. les ombres que réfléchissent les branches légères flottent dans une continuelle agitation.

55. D'un oil livide, ils cherchent les lieux où le sang s'est figé, et dansent avec des cris rauques et plaintifs sur la plaine abreuvée de carnage.

56. Au milieu de ces funèbres ébats, ils s'élancent dans les rangs des Grecs, et appuient sur leur sein une main sèche et glacée.

57. Ce toucher magique pénètre leurs entrailles, et en arrache la douce compassion pour y faire siéger une dureté impitoyable.

58. C'est alors que le combat s'allume avec une nouvelle fureur, comme lorsque l'aquilon vient troubler par ses ravages la sérénité des mers.

59. Une grêle de coups pleut de toutes parts; chaque blessure portée par un brave est une blessure à mort: une seconde serait inutile.

60. Chaque guerrier est inondé de sueur: on dirait que leur âme indignée brûle de rompre ses liens et de prendre son essor.

61. Leur coeur palpite dans leur sein d'un mouvement lent et silencieux, mais leur bras n'en devient que plus agile et plus rapide,

62. Il n'est plus pour eux de ciel, de terre, de mer; tout l'univers est concentré dans le théâtre de leurs exploits.

63. À voir la fureur qui règne dans cette lutte orageuse, l'on dirait que, d'un côté et de l'autre, il ne restera pas un homme vivant.

64. Regarde: les bras désespérés sèment partout la mort, et la terre n'offre que des débris sanglants de mains, de pieds et de têtes, -

65. Des épées, des gibernes, des cerveaux épars, des crânes fracassés, et des poitrines palpitantes.

66. Les guerriers ne font aucune attention au massacre, et marchent toujours en avant. Arrêtez! arrêtez jusqu'à quand serez-vous altérés de carnage!

67. Ils ne quittent leur poste qu'en tombant percés de coups, et se montrent si insensibles à la fatigue, qu' on dirait que l'action commence.

68. Les infidèles devenus moins nombreux implorent en vain leur prophète, et les chrétiens leur répondent en murmurant l'arrêt de leur trépas.

69. Les Grecs braves comme des lions, se battaient en criant toujours feu, et la race impie des Turcs se dispersait devant eux en hurlant toujours allah!

70. Partout régnait la crainte et la terreur; partout retentissaient les cris, les pleurs et les sanglots; partout un épais brouillard couvrait des victimes expirantes.

71. Ils étaient si nombreux! Le plomb meurtrier ne résonnait plus à leurs oreilles glacées; tous, tous étaient étendus sans vie à la quatrième aurore.

72. Les flots de sang grossissent comme un fleuve, et roulent dans les vallons, et les prairies innocentes s'abreuvent de sang au lieu de rosée.

73. Doux zéphyrs, messagers de l' aurore, vous ne caressez plus le croissant des infidèles ; agitez, agitez mollement la bannière du Christ.

74. « Sortie des ossements sacrés des Hellènes, et forte de ton antique « énergie, je te salue, je te salue, ô Liberté! »

75. Déjà je vois se dérouler devant moi les plaines de Corinthe. Le soleil ne brille pas seul à travers les platanes, il n'éclaire pas seul les ondes et les domaines de Bacchus.

76. Les airs tranquilles ne résonnent plus maintenant des sons innocents de la flûte et du joyeux bêlement des agneaux.

77. Des milliers de soldats accourent à pas pressés, comme les flots impétueux qui viennent envahir le rivage. Mais le nombre des ennemis n'effraie pas les braves.

78. Ô trois cents Spartiates! levez-vous, revenez parmi vos enfants: vous verrez combien ils ressemblent à leurs glorieux pères.

79. Tous les infidèles redoutant leur valeur, se précipitent en tumulte dans les murs de Corinthe, et disparaissent d'ici comme une ombre légère.

80. À la voix de l'ange exterminateur, la Famine et la Peste se promènent ensemble sous la forme d'un squelette livide et décharné.

81. La Mort frappe en tous lieux et jonche les campagnes flétries des misérables restes de la fuite et du carnage.

82. Et toi, divine, immortelle Liberté, à qui rien n'est impossible, tu te promènes toute sanglante sur la plaine homicide.

83. Au sein de l'ombre, je vois de jeunes filles plus blanches que les lis qui se tiennent par la main, et forment une danse légère.

84. Dans leurs joyeux mouvements, elles tournent avec grâce leurs yeux brillants d'amour, et abandonnent au gré du zéphyr les boucles noires et dorées de leur chevelure.

85. Mon âme tressaille d'allégresse en pensant que leur sein virginal épure et prépare le lait généreux de la valeur et de la liberté.

86. Étendu sur la pelouse émaillée de fleurs, je ne puis soutenir ma coupe écumante, et, à l'exemple de Pindare, je mets mon bonheur à chanter la Liberté.

87. « Sortie des ossements sacrés des Hellènes, et forte de ton antique « énergie, je te salue, je te salue, ô Liberté! »

88. Tu entras dans Missolonghi le jour du Christ, le jour où les arbres du désert se couvrirent de fleurs (7) pour le Fils du Très-Haut.

89. Devant toi la Religion marchait avec sa croix étincelante, et agitait d'un air majestueux cette main divine qui ouvre le ciel.

90. Viens, te dit-elle, Liberté chérie; tiens-toi debout sur ce rempart; et te donnant un doux baiser, elle entre dans le temple .

91. Elle s'approche de l'autel, et l'encens fumant de toutes parts se condense autour d'elle, et l'environne d'un nuage de parfums.

92. Elle entend les pieux cantiques qu' elle-même a composés; elle voit mille flambeaux répandre devant les saints des torrents de lumière.

93. Mais quels sont ces guerriers qui s'avancent avec un tumulte effrayant, et agitent leurs armes éblouissantes ? -Tu franchis les degrés du temple...

94. Ah! cette lumière qui lance au loin de vives étincelles et te couronne de rayons aussi brillants que ceux du soleil, n'a point une origine terrestre.

95. Ton front, tes yeux, ta bouche répandent un éclat resplendissant; tes mains, tes pieds, tout ce qui t'entoure n'est qu'un faisceau de lumière.

96. Tu lèves ton glaive redoutable, tu fais trois pas, et t'agrandissant comme une tour superbe, tu frappes au quatrième.

97. Tu t'avances, et d'une voix persuasive: «C'est aujourd'hui, infidèles, «c'est aujourd'hui qu'est né le Sauveur du monde.

98. «Lui-même l'a dit. Écoutez: Je suis le commencement et la fin. «Prosternez-vous: où trouverez-vous un asile, si je m'arme de ma colère?

99. «Je vais verser sur vous des feux impérissables, qui vous feront « regarder comme une douce rosée ceux que je vous réserve au fond des «abîmes.

100. «Ils consument, ainsi qu'un aride éclat de chêne, les monts jusqu'à leur «racine, les régions d'une hauteur immense, les villes, les animaux, « les forêts et les hommes.

101. «Ils dévorent tout l'univers; et il n'en reste pas un souffle, hors celui « du vent funèbre qui souffle sur ses cendres légères ».

102. On te demandera: Es-tu la fille de la colère divine ? Quel mortel osera se flatter de te vaincre ou de se mesurer avec toi ?

103. La terre sent la force de ton bras redoutable, qui doit moissonner toute la race musulmane.

104. La mer la reconnaît aussi; elle écume, et, semblable au lion rugissant, épouvante l'oreille d'un sourd et vaste murmure.

105. Malheureux! quelle fureur vous entraîne dans les flots de l'Achéloüs ? Espérez-vous, par d'habiles efforts, vous dérober à la poursuite de vos ennemis ?

106. Tout-à-coup le fleuve a gonflé ses ondes, et vous y avez trouvé un tombeau avant de trouver le trépas.

107. Tous les ennemis hurlent, rugissent, blasphèment, et leur gorge où les flots s'engloutissent exhale avec un rauque bouillonnement de furieuses imprécations.

108. D'innombrables coursiers glissent et chancèlent, se dressent au milieu du torrent, hennissent de frayeur, et marchent sur le corps de leurs maîtres expirants.

109. L'un, comme s'il voulait trouver son salut, tend la main vers son compagnon; l'autre se déchire lui-même et meurt en proie à sa propre fureur.

110. Combien de têtes désespérées, roulant des yeux hagards, s'élèvent vers le ciel pour la dernière fois !

111. L' Achéloüs augmente sa première impétuosité; l'on n'entend plus de hennissements, de fracas, de soupirs, ni d'imprécations.

112. «Puissé-je entendre gronder ainsi le vaste Océan, et le voir engloutir « sous ses ondes toute la race musulmane !

113. «Puisse la céleste vengeance pousser au pied des sept «collines où s'élève Sainte-Sophie tous les corps nus, inanimés, «et meurtris contre les rochers!

114. «Puisse le Sultan les voir tous hideusement amoncelés, et venir « lui-même recueillir leurs débris !

115. «Que chaque pierre devienne un tombeau! que parmi eux la Religion « et la Liberté se promènent à pas lents et comptent les victimes! »

116. Tantôt un cadavre ennemi s'élève tout gonflé au-dessus des eaux, tantôt un autre s'enfonce dans l'abîme et disparaît sans retour.

117. Le fleuve se grossit et s'irrite toujours davantage; de plus en plus s'augmentent le bruissement et les monceaux d'écume.

118. Ah! que n'ai-je maintenant les accents de Moïse! Au moment où la mer engloutissait les infidèles, -

119. Il remercia Dieu d'une voix solennelle en présence des vagues mugissantes, et un peuple innombrable répétait ses actions de grâces.

120. La soeur d'Aaron, la prophétesse Marie, accompagnait des sons harmonieux du tambour ces touchants concerts.

121. Toutes les jeunes vierges tenant aussi des tambours chantaient couronnées de fleurs, et frappaient la terre de leurs pas cadencés.

122. «Je te reconnais au tranchant de ton glaive redoutable, je te reconnais « à ce regard rapide dont tu mesures la terre.»

123. Tous les humains savent que le continent ne te vit jamais trembler ; la mer non plus ne t'est point étrangère.

124. Ce fougueux élément étend sur la terre ses flots immenses, et l'entoure d'une humide ceinture; il est ta brillante image.

125. Il s' enfle, il s' agite avec un bruissement qui fait frémir l' oreille. Alors chaque vaisseau voit de près le danger et cherche son salut dans le port.

126. Bientôt le calme renaît, et de nouveau offre à l'oeil charmé l'éclat du soleil et les riches couleurs de la voûte azurée.

127. «Tous les humains savent que le continent ne te vit jamais trembler; « la mer non plus ne t'est point étrangère. »

128. Devant toi passent des milliers de vaisseaux, voguant à pleines voiles, et dont les mâts innombrables semblent couvrir la mer d'une vaste forêt.

129. Tu avances tes forces navales, et quoiqu'elles ne soient pas nombreuses, ton ardeur guerrière te suffit pour disperser les uns, pour prendre et brûler les autres.

130. Je te vois observer, d'un oeil ardent, deux énormes vaisseaux , et lancer sur eux les foudres de la mort.

131. Ce rapide tonnerre s'allume, s'étend, s'enflamme, éclate avec fracas, et colore la mer d'une teinte sanglante.

132. Tous les chefs périssent sans qu'un seul échappe au naufrage. Réjouis-toi, ombre vénérable du patriarche jeté dans les flots par les infidèles.

133. Les amis et les ennemis s' étaient secrètement rassemblés le jour de la résurrection du Christ, et d'une lèvre tremblante se donnaient mutuellement le baiser de paix.

134. Il ne les foule plus maintenant, ces verts lauriers dont vous avez jonché son passage; elle ne vous bénit plus cette main auguste que vous avez baisée tant de fois.

135. Pleurez tous: l'Église a perdu son chef vénéré; pleurez, pleurez : il a subi l' infâme supplice réservé aux assassins !

136. Il tient ouverte cette bouche sainte qui, peu d'heures auparavant, avait reçu le corps et le sang du Sauveur. On dirait qu'elle laisse échapper -

137. Les terribles malédictions que, quelques instants avant son indigne trépas, il avait lancées contre ceux qui, pouvant combattre, refuseraient de prendre les armes.

138. Je l'entends: elle gronde, elle éclate sans cesse sur la mer et sur la terre, et avec un sourd murmure elle allume les foudres célestes.

139. Mon coeur palpite de crainte... Que vois-je ! La déesse, d'un air sévère, me fait signe du doigt et m'impose silence.

140. Trois fois elle promène sur l'Europe ses regards inquiets, puis s'adresse à la Grèce, et commence en ces mots :

141. «Ô mes braves enfants! les combats ne vous offrent que plaisir, « et jamais vous ne pliez un genou timide devant le danger.

142. «Loin de vous recule avec effroi toute puissance ennemie; mais « il en reste une que vous n' avez pu vaincre, et qui flétrit vos lauriers.

143. «Une seule qui, lorsque vous revenez bouillants comme des lions, « et fatigués de la victoire, vous tourmente, hélas! par son tyrannique « empire :

144. «La Division, dont la main perfide tient un sceptre éblouissant qu'elle « offre à chacun avec un doux sourire.

145. «Ce sceptre qu'elle vous montre brille, il est vrai, d'un éclat séduisant; «mais ne le touchez pas; il vous inonderait de larmes sanglantes !

146. «Ô magnanimes guerriers! ne permettez pas à l'Envie de dire que votre « bras dénaturé frappe le sein d'un frère.

147. «Ne souffrez point que les nations étrangères disent avec raison : «s'ils se détestent entre eux, ils sont indignes de la liberté.

148. «Bannissez ces sinistres pensées: les héros qui s'immolent pour «la religion et pour la patrie reçoivent la même récompense.

149. «Je vous en conjure par ce précieux sang que vous prodiguez pour « la patrie et pour la religion, aimez-vous avec tendresse, embrassez- « vous comme des frères.

150. «Songez plutôt, songez à ce qui vous reste à conquérir: « si vos coeurs sont unis, toujours la victoire marchera sur vos traces.

151. «Ô guerriers d'une immortelle valeur! arborez l'étendard de la croix, « et criez d' une voix unanime: « Regardez ici, rois et potentats !

152. « Voici le signe sacré, objet de vos hommages; c'est pour lui que, dans cette «lutte cruelle, nous avons répandu le sang dont nous sommes couverts.

153. «L'impie musulman le foule aux pieds, et le charge d'éternelles « injures; il égorge vos enfants, il insulte à votre foi.

154. «C'est pour cette croix auguste que des milliers de Chrétiens ont versé «leur sang innocent qui crie vengeance du sein de la nuit.

155. «Ne l'entendez-vous pas, images du Très-Haut, cette voix déchirante ? «Les siècles ont passé, et elle ne s'est pas tue un seul instant.

156. « Ne l' entendez-vous pas ? Elle retentit en tous lieux comme celle «d' Abel! Ce n'est point le souffle de la brise légère qui soupire « à travers le feuillage.

157. «Que ferez-vous ? Nous laisserez-vous établir la liberté, ou la «détruirez-vous par des raisons politiques ?

158. « Si tel est le but de vos projets, voici devant vous la croix: venez, « accourez, rois et potentats; c'est ici que doivent frapper vos coups. »

Annexe : Citations du Robert concernant la LIBERTE

 

1 LIBERTÉ : c'est un de ces détestables mots qui ont plus de valeur que de sens; qui chantent plus qu'ils ne parlent; qui demandent plus qu'ils ne répondent; de ces mots qui ont fait tous les métiers, et desquels la mémoire est barbouillée de théologie, de Métaphysique, de Morale et de Politique; mots très bons pour la controverse, la dialectique, l'éloquence; aussi propres aux analyses illusoires et aux subtilités infinies qu'aux fins de phrases qui déchaînent le tonnerre.

VALÉRY, Regards sur le monde actuel, Fluctuations sur la liberté, p. 49.

 

2 (...) je ne vous demande que la liberté d'une jeune esclave de Babylone (...) et je consens de rester en esclavage à sa place, si je n'ai point le bonheur de guérir le magnifique seigneur Ogul.

VOLTAIRE, Zadig, XVIII.

 

3 Contraint de racheter sa liberté après une longue prison durant les guerres d'Allemagne (...)

FLÉCHIER, Oraison funèbre du duc de Montausier.

 

4 La mise en liberté provisoire est de droit lorsque se trouvent réunies, en faveur de l'inculpé, des conditions particulièrement favorables (...)

J. DONNEDIEU DE VABRES, Précis de droit criminel, § 1029.

 

5 Quand un corps tombe, sa liberté se manifeste en cheminant selon sa nature vers le centre de la Terre (...) A. COMTE, Catéchisme positiviste, 4e entretien.

 

6 Pour être en pleine liberté, j'ai fait en sorte que ma femme ira dîner chez ma soeur (...)

MOLIèRE, le Bourgeois gentilhomme, III, 6.

 

7 La liberté n'est pas oisiveté; c'est un usage libre du temps, c'est le choix du travail et de l'exercice.

LA BRUYèRE, les Caractères, XII, 104 (- aussi Bien, cit. 25).

 

8 J'écrivais ce livre au moment où, par le mariage, je venais de fixer ma vie; où j'aliénais volontairement une liberté que mon livre, oeuvre d'art, revendiquait aussitôt d'autant plus.

GIDE, les Nourritures terrestres, Préface.

 

9 Il y avait un flatteur qui prit la liberté de lui parler à l'oreille (...) FÉNELON, Télémaque, XI.

 

10 (...) parler sans cesse à un grand que l'on sert (...) faire le familier, prendre des libertés, marquent mieux un fat qu'un favori.

LA BRUYèRE, les Caractères, IV, 71.

 

11 La liberté, où tant d'étourdis se trouvent portés du premier bond, fut pour moi une acquisition lente. Je n'arrivai au point d'émancipation que tant de gens atteignent sans aucun effort de réflexion qu'après avoir traversé toute l'exégèse allemande.

RENAN, Souvenirs d'enfance..., I, I.

 

12 (...) une certaine liberté professionnelle (...) J'entends : liberté de pensée, et liberté de travail (...) - avec tous les risques, bien entendu, et toutes les responsabilités que ça comporte.

MARTIN DU GARD, les Thibault, t. V, p. 231.

 

13 (...) Tertullien a bien osé dire (...) vous allez être étonnés de la liberté de cette parole (...)

BOSSUET, Panégyrique de saint Thomas de Cantorbéry.

 

14 Vous direz peut-être que vous en avez retranché (des comédies de Térence) quelques libertés (...)

RACINE, Oeuvres diverses en prose, Lettres à l'auteur des Hérésies imaginaires.

 

15 (...) combien de temps, de règles, d'attention et de travail pour danser avec la même liberté et la même grâce que l'on sait marcher (...)

LA BRUYèRE, les Caractères, XII, 34.

 

16 Cette habitude de marcher seules leur donne une franchise, une élégance et une liberté d'allures que n'ont pas nos femmes, toujours suspendues à quelque bras.

Th. GAUTIER, Voyage en Espagne, p. 157.

 

17 La liberté est la propriété de soi; on distingue trois sortes de libertés : la liberté naturelle, la liberté civile, la liberté politique; c'est-à-dire la liberté de l'homme, celle du citoyen et celle d'un peuple.

G.-T. RAYNAL, Hist. philosophique, XI, XXIV.

 

18 Sous ce nom de liberté, les Romains se figuraient avec les Grecs un État où personne ne fût sujet que de la loi, et où la loi fût plus puissante que les hommes.

BOSSUET, Discours sur l'histoire universelle, III, VI.

 

19 Il n'y a point de mot qui ait reçu plus de différentes significations (...) que celui de liberté. Les uns l'ont pris pour la facilité de déposer celui à qui ils avaient donné un pouvoir tyrannique; les autres, pour la faculté d'élire celui à qui ils devaient obéir; d'autres, pour le droit d'être armés et de pouvoir exercer la violence; ceux-ci, pour le privilège de n'être gouvernés que par un homme de leur nation, ou par leurs propres lois (...) Ceux qui avaient goûté du gouvernement républicain l'ont mise dans ce gouvernement; ceux qui avaient joui du gouvernement monarchique l'ont placée dans la monarchie.

MONTESQUIEU, l'Esprit des lois, XI, II.

 

20 La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent. MONTESQUIEU, l'Esprit des lois, XI, III.

 

21 La liberté, ce bien qui fait jouir des autres biens. MONTESQUIEU, Cahiers, p. 117.

 

22 Les peuples, une fois accoutumés à des maîtres, ne sont plus en état de s'en passer. S'ils tentent de secouer le joug, ils s'éloignent d'autant plus de la liberté, que, prenant pour elle une licence effrénée qui lui est opposée, leurs révolutions les livrent presque toujours à des séducteurs qui ne font qu'aggraver leurs chaînes. ROUSSEAU, De l'inégalité parmi les hommes, à la République de Genève.

 

23 La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi.

Déclaration des droits de l'homme, Constitution du 3 sept. 1791, art. 4.

 

24 Liberté! Liberté! En toutes choses justice, et ce sera assez de liberté.

Joseph JOUBERT, Pensées, XV, XV

 

25 La Politique nous parle aussi de liberté. Elle parut d'abord n'attacher à ce terme qu'une signification juridique. Pendant des siècles, presque toute société organisée comprenait deux catégories d'individus (...) les uns étaient des esclaves; les autres étaient dits "libres" (...)

Plus tard (...) la liberté devint un idéal, un mythe, un ferment, un mot plein de promesses, gros de menaces (...) Cette liberté politique paraît difficilement séparable des notions d'égalité et de "souveraineté" (...) Je me trouve bien en peine de me rendre nette et précise l'idée de liberté politique. Je suppose qu'elle signifie que je ne dois obéissance qu'à la loi, cette loi étant censée émaner de tous et faite dans l'intérêt de tous.

VALÉRY, Regards sur le monde actuel, p. 63-64-65.

 

26 Et par le pouvoir d'un mot

Je recommence ma vie

Je suis né pour te connaître

Pour te nommer

 

Liberté ÉLUARD, Poésie et Vérité (1942), "Liberté".

 

27 La liberté, "ce nom terrible écrit sur le char des orages" (Philotée O'Neddy), est au principe de toutes les révolutions. Sans elle, la justice paraît aux rebelles inimaginable. Un temps vient, pourtant, où la justice exige la suspension de la liberté. La terreur (...) vient alors couronner la révolution.

CAMUS, l'Homme révolté, p. 135.

 

28 Liberté de conscience et liberté de commerce, monsieur, voilà les deux pivots de l'opulence d'un État petit ou grand.

VOLTAIRE, Correspondance, 3664, 16 juil. 1770.

 

29 Frédéric (II de Prusse) introduisit la liberté de penser dans le nord de l'Allemagne : la réformation y avait amené l'examen, mais non pas la tolérance (...) Frédéric mit en honneur la liberté de parler et d'écrire (...)

Mme DE STAëL, De l'Allemagne, I, XVI.

 

30 Le premier des droits de l'homme c'est la liberté individuelle, la liberté de la propriété, la liberté de la pensée, la liberté du travail.

JAURèS, Hist. socialiste, t. I, p. 186.

 

31 (...) et moi, sous mon nom de Léon, sous le simple habit d'un soldat, je défendrai la liberté de notre nouvelle patrie.

BEAUMARCHAIS, la Mère coupable, IV, 18.

 

32 Puisque vous ne mettez pas la liberté dans l'indifférence précisément, mais dans une puissance réelle et positive de se déterminer, il n'y a de différence entre nos opinions que pour le nom, car j'avoue que cette puissance est en la volonté.

DESCARTES, Lettre au P. Mesland, 2 mai 1644.

 

33 J'appelle liberté le pouvoir de penser à une chose ou de n'y pas penser, de se mouvoir ou de ne se mouvoir pas, conformément au choix de son propre esprit.

VOLTAIRE, Correspondance avec le roi de Prusse, 32, oct. 1737.

 

34 Les prophètes n'ont jamais manqué, qui lui ont (au révolutionnaire) annoncé qu'il était libre : et c'était chaque fois pour le duper. La liberté stoïcienne, la liberté chrétienne, la liberté bergsonienne, n'ont fait que consolider ses chaînes en les lui cachant. Elles se réduisaient toutes à une certaine liberté intérieure que l'homme pourrait conserver en n'importe quelle situation. Cette liberté intérieure est une pure mystification idéaliste : on se garde bien de la présenter comme la condition nécessaire de l'acte. En vérité elle est pure jouissance d'elle-même. Si Épictète, dans les chaînes ne se révolte pas, c'est qu'il se sent libre, c'est qu'il jouit de sa liberté. Dès lors, un état en vaut un autre (...) pourquoi vouloir changer? Dans le fond, cette liberté se réduit à une affirmation plus ou moins claire de l'autonomie de la pensée (...)

SARTRE, Situations III, p. 196-197.

 

35 (...) pour agir il faut participer à une puissance infinie; pour avoir conscience d'agir il faut qu'on ait l'idée de cet infini pouvoir. Or c'est dans l'acte raisonnable qu'il y a synthèse de la puissance et de l'idée d'infini : et cette synthèse, c'est ce que l'on nomme la liberté.

Maurice BLONDEL, l'Action, t. II, p. 162.

 

36 Elle (l'âme) est rendue maîtresse de ses passions et concupiscences, maîtresse (...) de toutes autres injures de fortune (...) c'est ici la vraie et souveraine liberté, qui nous donne de quoi faire la figue à la force et à l'injustice, et nous moquer des prisons et des fers (...)

MONTAIGNE, Essais, I, XX.

 

37 Notre meilleure liberté consiste à faire autant que possible prévaloir les bons penchants sur les mauvais.

A. COMTE, Catéchisme positiviste, 4e entretien.

 

38 Le déterminisme a raison pour tous les êtres vulgaires; la liberté intérieure n'existe que par exception et par le fait d'une victoire sur soi-même. Même celui qui a goûté de la liberté n'est libre que par intervalles et par élans (...) Nous sommes assujettis, mais susceptibles d'affranchissement, nous sommes liés, mais capables de nous délier.

H.-F. AMIEL, Fragments d'un journal intime, 5 nov. 1879.

1 « La liberté existe toujours. Il suffit d'en payer le prix » Henry de Montherlant 
2 « Renoncer à sa liberté c'est renoncer à sa qualité d'homme, aux droits de l'humanité, même à ses devoirs ». Jean-Jacques Rousseau Du contrat social
3« Je ne crois point, au sens philosophique du terme, à la liberté de l'homme. Chacun agit non seulement sous une contrainte extérieure, mais aussi d'après une nécessité intérieure » EINSTEIN
4« La vraie liberté consiste à réaliser et accepter le fait qu'il n'existe pas de réponse parfaite » Allen Reid McGinnis 
5« La possibilité de disposer de sa personne et de son temps. La seule vraie liberté »Lionel Allard 
6« La seule fin pour laquelle les hommes sont autorisés, individuellement ou collectivement, à intervenir dans la liberté d'action d'un de leurs semblables, est la protection de soi-même » John Stuart Mill 
7« En fait, nous sommes une liberté qui choisit, mais nous ne choisissons pas d'être libres: nous sommes condamnés à la liberté » Jean-Paul Sartre 
8« Trop de liberté fait peur aux gens, certains s'en débarrassent comme on se décharge d'un poids trop lourd, c'est pourquoi il y a des dominés et des dominants » Jacques Fillion 
9« La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent » Montesquieu
10« Le vrai démocrate est celui qui, par des moyens non violents, défend sa liberté, par conséquent celle de son pays et, finalement celle de l'humanité toute entière » Gandhi 
11« Nous voulons que le monde futur soit fondé sur quatre libertés essentielles.
La première est la liberté pour chacun de parole et d'expression, dans le monde entier.
La deuxième, la liberté pour chacun d'adorer Dieu comme il convient, dans le monde entier
La troisième est la liberté de vivre à l'abri du besoin, ce qui implique, sur le plan mondial, des ententes économiques assurant aux nations une vie saine et pacifique, dans le monde entier.
La quatrième est la liberté de vivre sans crainte, ce qui implique, sur le plan mondial, une réduction des armements si complète qu'aucune nation ne soit en mesure de commettre contre son voisin un acte d'agression physique, dans le monde entier » Franklin Roosevelt (message annuel au congrès du 6 janvier 1941)
12« Il ne peut y avoir de liberté contre la vérité, il ne peut y avoir de liberté contre l'intérêt commun » Oliveira Salazar 
13« La liberté d'être commence lorsque l'obligation de ressembler est abolie » Emmanuel Gomez 
14«  A peine un mot, et nous voilà en flamme, Les joues en feu, et le coeur bat et crie, Pourquoi ton seul nom nous émeut jusqu'à l'âme, Liberté ! Liberté chérie ! » Antoni SLONIMSKI
15« Nous portons des chaînes, bien que l'oeil ne les voie pas, et nous sommes esclaves bien qu'on nous appelle des hommes libres » Oscar Wilde
16« On rencontre beaucoup d'hommes parlant de liberté, mais on en voit très peu dont la vie n'ait pas été principalement consacrée à se forger des chaînes » LE BON 
17« Si l'homme échoue à concilier la justice et la liberté, alors il échoue à tout » Albert Camus 
18« La liberté n'est possible que dans un pays où le droit l'emporte sur les passions » Henri Lacordaire 
19« Les Français ne sont pas faits pour la liberté. Ils en abuseraient » Voltaire (lettre au prince de Prusse - Octobre 1737)
20« Ils veulent être libres et ne savent pas être justes »  E.J. SIEYES (Discours à la Constituante, 10 août 1789)
21« Sous le joug de la pauvreté, la langue de l'homme reste enchaînée » Théognis (590-530 avant JC)
22« L'esprit libre et curieux de l'homme est ce qui a le plus de prix au monde. Et voici pourquoi je me battrai : la liberté pour l'esprit de prendre quelque direction qui lui plaise. Et voici contre quoi je me battrai : toute idée, religion ou gouvernement qui limite ou détruit la notion d'individualité » John Steinbeck (A l'est d'Eden)
23« Ce n'est pas tellement de liberté qu'on a besoin, mais de n'être enchaîné que par ce qu'on aime » Pierre Reverdy 
24« Exercer librement son talent, voilà le vrai bonheur » Aristote (384-322 avant JC)
25« La vraie liberté est de pouvoir toute chose sur soi » Montaigne 
26« L'art naît de contraintes, vit de luttes et meurt de liberté » André Gide 
27« Quand, dans un État, vous ne percevez le bruit d'aucun conflit, vous pouvez être sûr que la liberté n'y est plus » Edouard Herriot
28« Il existe aussi une liberté vide, une liberté d'ombres, une liberté qui ne consiste qu'à changer de prison, faite de vains combats entretenus par l'obscurantisme moderne et guidés par le faux jour » Jean-Edern Hallier 
29« La liberté ne peut consister qu'à pouvoir faire ce que l'on doit vouloir et à n'être point contraint de faire ce que l'on ne doit pas vouloir » Montesquieu 
30« L'homme ne peut se dire libre si sa liberté s'appuie sur l'oppression d'autrui » Juan Carlos 
31« La liberté ne se donne pas, on la prend » Thomas Edward Lawrence 
32« La liberté n'est pas une chose dont on vous fait cadeau, on peut vivre en pays de dictature et être libre : il suffit de vivre contre la dictature. L'homme qui pense avec sa tête à lui est un homme libre. L'homme qui lutte pour ce qu'il croit juste est un homme libre. On ne va pas mendier sa liberté aux autres. La liberté, il faut la prendre » IGNAZIO SILONE
33« On peut être libre dans les fers ou dans un collège. Il suffit simplement de se taire sur ce qu'on porte en soi, qui ferait scandale ou révolterait. Pas besoin pour l'homme libre de casser les vitres. La liberté est spirituelle : de l'esprit »  Emile HENRIOT
34« Tant qu'on entend gémir la liberté, c'est qu'on n'a pas trop à s'alarmer pour elle » Jean Rostand 
35« L'homme est né libre et partout il est dans les fers » Jean-Jacques ROusseau
36« La liberté, seule valeur impérissable de l'histoire » Albert Camus 
37« Quand je vois l'histoire, j'y vois des heures de liberté et des siècles de servitude » Joseph Joubert 
38« Un livre est un outil de liberté » Jean Guéhenno 
39« La liberté consiste à choisir entre deux esclavages : l'égoïsme et la conscience. Celui qui choisit la conscience est l'homme libre » Victor Hugo 
40« En donnant la liberté aux esclaves, nous assurons celle des hommes libres » Abraham Lincoln (Message au Congrès de décembre 1862)
41« Ceux qui sont pour la liberté sans agitation sont des gens qui veulent la pluie sans orage ». Mark Twain
42« L'ordre, et l'ordre seul, fait en définitive la liberté. Le désordre fait la servitude » Charles Péguy 
43« C'est la force et la liberté qui font les excellents hommes. La faiblesse et l'esclavage n'ont fait jamais que des méchants » Jean-Jacques Rousseau 
44« En dix phrases, les dix commandements expriment l'essentiel de la vie. Et ces trois mots - liberté, égalité, fraternité - en font autant » Krzysztof Kieslowski 
45« La liberté, ce n'est pas la liberté de faire n'importe quoi, c'est le refus de faire ce qui est nuisible » Alexandre Minkowski 
46« Le plus beau présent de la vie est la liberté qu'elle vous laisse d'en sortir à votre heure » André Breton 
47« Etre le champion de la liberté est et a été la mission historique de la France » Louis Kossuth 
48« Un monde gagné pour la technique est perdu pour la liberté » Georges Bernanos 
49« Il n'y a point encore de liberté si la puissance de juger n'est pas séparée de la puissance législative et de l'exécutrice » Montesquieu 
50« L'excès de liberté ne peut tourner qu'en excès de servitude pour un particulier aussi bien que pour un état » Platon 
51« La meilleure façon de recouvrer la liberté, c'est de rompre les chaînes qui blessent le coeur et de mettre un terme à son tourment » Ovide  (Remèdes à l'amour)
52« Quand on veut défendre les libertés, on est bien obligé de constater que l'on va à contre-courant de l'histoire » Jacques Chirac  (à l'Assemblée Nationale le 15 Juin 1977)
53« A la base de notre civilisation, il y a la liberté de chacun dans sa pensée, ses croyances, ses opinions, son travail, ses loisirs » Charles de Gaulle (Discours au club français d'Oxford le 25 Novembre 1941)
54« La grande révolution dans l'histoire de l'homme, passée, présente et future, est la révolution de ceux qui sont résolus à être libres » John F. KENNEDY (à KHROUCHTCHEV, en 1961)
55«  Ma liberté ne vaut que si j'assume celle des autres. La liberté de nos adversaires n'est-elle pas aussi la nôtre? » François Mitterrand (L'abeille et l'architecte)
56« La cause la plus sainte se change en une cause impie, exécrable, quand on emploie le crime pour la soutenir. D'esclave, l'homme de crime peut devenir tyran, mais jamais il ne devient libre » Félicité Lamennais
57« Dieu a dit aux hommes de se débrouiller, et c'est ce que les professeurs de philosophie appellent liberté » Robert Brasillach 
58« La liberté ne consiste pas à se soustraire aux lois naturelles et divines » André Langevin 
59« La liberté, une fois enracinée, est une plante à croissance rapide » George Washington 
60« Ni Dieu, ni maître » Léo Ferré
61« La liberté, c'est toujours la liberté de l'autre » Rosa Luxembourg 
62« Résistance et obéissance, voilà les deux vertus du citoyen. Par l'obéissance il assure l'ordre ; par la résistance, il assure la liberté » Alain 
63« Refusez qu'on vous impose la liberté de parole avant la liberté de pensée! » Stanislaw Jerzy Lec 
64« Perdent le plus souvent la liberté ceux qui la désirent ardemment » Stanislaw Jerzy Lec 
65« Je m'inquiète pour le jour où, dans 10 ou 15 ans, ma fille me demandera: Papa, tu faisais quoi quand ils ont censuré la liberté de la presse sur Internet ? » Mike Godwin 
66« La Liberté et l'Égalité sont des utopies de la rareté ; l'Éternité et la Fraternité sont des utopies de l'abondance » Jacques Attali 
67« Pour promettre l'Éternité, les religions restreignent les Libertés » Jacques Attali 
68« La religion chrétienne est la plus poétique, la plus humaine, la plus favorable à la liberté, aux arts et aux lettres » CHATEAUBRIAND
69« C'est par le travail que la femme a en grande partie franchi la distance qui la séparait du mâle ; c'est le travail qui peut seul lui garantir une liberté concrète »  Simone de Beauvoir (Le deuxième sexe)
70« Ce n'est pas le travail qui est la liberté: c'est l'argent qu'il procure, hélas ! » Gilbert Cesbron 
71« Sais-tu qu'elle ressemble beaucoup à une excuse, cette liberté dont tu te dis esclave » Jean-Paul Sartre (Les mouches)
72« Le nerf de la guerre, le principe de la liberté dans un état bourgeois : l'argent » Charlotte Savary 
73« L'arbre de la liberté ne saurait croître s'il n'était arrosé du sang des rois » Bertrand Barère de Vieuzac 
74« L'esprit de révolution, l'esprit d'insurrection est un esprit radicalement contraire à la liberté »  François Guizot l' Histoire parlementaire de France
75« Les Français veulent l'égalité, et quand ils ne la trouvent pas dans la liberté, ils la souhaitent dans l'esclavage » Alexis de Tocqueville 
76« Au train où vont les choses, bientôt la seule liberté qui nous sera tout à fait indispensable sera la liberté de réclamer » Marcel Julian 
77« Le despotisme fait illégalement de grandes choses, la liberté ne se donne même pas la peine d'en faire légalement de très petites » Honoré de Balzac (La peau de chagrin)
78« Il est peu de vertus plus tristes que la résignation ; elle transforme en fantasmes, rêveries contingentes, des projets qui s'étaient d'abord constitués comme volonté et comme liberté »
 Simone de Beauvoir 
79« Ce n'est pas l' "impression" de liberté qui est illusoire, c'est la liberté elle-même » Gérard Bessette 
80« Si Dieu est évident, son évidence nous ôte toute liberté de le choisir » Thierry Maulnier 
81« Nous sommes nés dans une monarchie : obéir à Dieu, voilà la liberté » Sénèque (2-68 ap JC)
82« Quand une fois on a trouvé le moyen de prendre la multitude par l'appât de la liberté, elle suit en aveugle, pourvu qu'elle en entende seulement le nom » Bossuet 
83« La liberté s'accommode fort mal d'un simple changement de dépendance » Robert Blondin 
84« Les hommes se trompent en ce qu'ils pensent être libres, et cette opinion consiste en cela seul qu'ils sont conscients de leurs actions, et ignorants des causes par lesquelles ils sont déterminés » SPINOZA
85"Ce que la lumière est aux yeux, ce que l'air est aux poumons, ce que l'amour est au coeur, la liberté est à l'âme humaine » Robert Green INGERSOLL
86« La liberté individuelle n'est nullement un produit culturel » Sigmund Freud 
87« Il n'y a qu'une liberté, rien qu'une : c'est de voir clair d'abord, et puis ensuite d'avoir du pognon plein les poches, le reste c'est du mou ! » Louis-Ferdinand Céline 
88« La patrie, l'honneur, la liberté, il n'y a rien : l'univers tourne autour d'une paire de fesses, c'est tout... » Jean-Paul Sartre 
89« L'amour, c'est un moyen comme un autre de priver quelqu'un de sa liberté - c'est rien d'autre ! » Tonie Marshall Dialogue du film français Institut Vénus Beauté
90« C'est toute sa liberté qu'on abandonne à jamais lorsqu'on s'éprend d'un être ; le désir peut s'éteindre, la passion peut mourir tout à fait, mais il reste au fond du coeur quelque chose d'inaliénable que l'on peut donner mais non reprendre. L'homme qui aime a vendu son âme » Julien Green
91« Il n'existe pas pour l'homme aussitôt qu'il se sente libre de souci plus constant, plus cuisant, que de trouver quelqu'un à adorer » Dostoïevski
92« La liberté c'est une chose qu'il faut choisir aussi grande qu'on est capable de le supporter » Jacques Poulin 
93« Rien n'est éternel sauf, chez les hommes courageux, le goût de la liberté » Armand Salacrou 
94« Si vous me refusez le pouvoir absolu, comment diable voulez-vous que je fonde la liberté? » Victorien Sardou 
95« Le mensonge est la religion des esclaves et des patrons (...) La vérité est le Dieu de l'homme libre » Maxime Gorki
96« La liberté commence où l'ignorance finit » Victor Hugo 
97« Nous avons aboli l'esclavage, mais sans avoir résolu la question du travail. En droit, il n'y a plus d'esclaves, en fait il y en a. Et tant que la majorité des hommes n'est pas libre, on ne peut concevoir l'homme libre, on ne peut même bien le réaliser » Henri-Frédéric AMIEL 1852 
98« Dans une société fondée sur le pouvoir de l'argent, tandis que quelques poignées de riches ne savent être que des parasites, il ne peut y avoir de "liberté", réelle et véritable » Lénine
99« Les mots d'ordre de notre époque sont et doivent être inévitablement les suivants : abolition des classes ; à cette fin, dictature du prolétariat ; dénonciation impitoyable des préjugés démocratiques de la petite bourgeoisie sur la liberté et l'égalité, lutte impitoyable contre ces préjugés «  Lénine
100« Les masses sont de plus en plus faites non pas d'hommes unis par la conscience de leurs droits et la volonté de les défendre, mais d'hommes de masse faits pour subsister en masse dans une civilisation de masse où le moindre petit groupe dissident d'hommes libres serait considéré comme une grave rupture d'équilibre, une menace de catastrophe, une espèce de lézarde, de fissure, capable d'entraîner brusquement la chute de tout l'édifice. La dictature des masses n'est nullement la libération des masses » Georges Bernanos
 

La vie est belle
L'analyse

Par Cyril Frey

Surtout, ne pas réfléchir. Vibrer, trembler, sourire et rire. Pleurer. Mais penser, surtout pas. Chacun connaît l'hypothèse de départ : la résolution d'un père juif trop aimant de cacher à son petit garçon, déporté à ses côtés, l'étendue tragique de l'événement ; sa lutte désespérée pour lui ôter toute lucidité et le maintenir dans l'état d'innocence qui lui est supposé naturel. Pour empêcher Giosuè de se frotter à la réalité, Guido (Roberto Benigni) usera de toutes les ressources de son imagination, plus préoccupé de la survie de sa fable que de sa propre intégrité. Devenu le théâtre d'un grand jeu - un concours fictif entre les om-bres en pyjama rayé -, l'univers concentrationnaire vaudra à son meilleur pensionnaire, le plus patient, le plus docile, de recevoir en récompense un authentique char d'assaut (américain). Une fois le camp libéré, le film s'achèvera en effet sur les flancs d'un blindé enchanteur, gentille maman pimpante et retrouvée, papa certes évanoui mais l'enfantine candeur sauvegardée. Giosuè, qui n'aura rien vu, rien su, rien compris de son séjour aux ténèbres, pourra s'en repartir vers sa molle existence aussi naïf, pour ne pas dire crétin, que son géniteur l'a si intensément souhaité.

" La Liste de Schindler " avait déjà réussi à débusquer un nazi sympathique, voici que la vogue des évocations optimistes de la Shoah s'enrichit d'un nouveau monument dont le succès atteste qu'il répond aux voeux de son époque. L'enfance, d'abord : plus qu'une phase d'apprentissage, elle est bien aujourd'hui cette valeur, une sorte d'idéal à préserver coûte que coûte auquel sacrifie, par un acharnement suicidaire, Benigni réalisateur, interprète, représentant, qu'il le veuille ou non, du monde des adultes. Un monde où l'on aurait imaginé (fût-il complexe, voire tragique) que c'était son rôle de père que d'aider l'enfant à le regarder en face, pour mieux en affronter les difficultés. La vocation des contes - et Benigni a assez clamé, pour en justifier les invraisemblances, que son film en était un -, c'est aussi de confronter leurs jeunes auditeurs à la face sombre du réel, à la fragilité humaine, à leurs angoisses diffuses. Le chemin tracé par Guido à Giosuè, avant même son arrivée au camp, devant les magasins et les panneaux " Interdit aux juifs " qu'il refuse de lui expliquer, est précisément le contraire d'une initiation, d'une leçon de confiance : c'est un méthodique étouffement. Il noie, par l'insupportable Niagara qui s'échappe de ses lèvres chaque fois qu'il tente de fuir ses responsabilités, toute possibilité d'échange véritable entre son fils et lui (1).
Si ce film est tristement contemporain, c'est qu'il reproduit les efforts désormais déployés par les adultes pour enfermer leur progéniture dans un éden spécialement recréé à son intention ; un monde " libre " comme les radios de la bande FM, un monde où la frustration est abolie, l'autorité méprisable et l'instinct cajolé, un monde organisé d'en haut, tissé d'artificieuses nostalgies. Ce paradis perdu fait fantasmer les parents anxieux, fatigués de leur réalité, impuissants à y penser leur propre place. Tout était tellement simple, alors. Plus question d'accueillir parmi les hommes, sinon pour y surjouer leur rôle, ces petits êtres fragiles, incontestables et imaginaires, vivants prolongements de nos peurs, de nos désirs régressifs, de nos traumas indépassables. " Quand les sociétés sont incapables à ce point de parler à leurs enfants, c'est qu'elles ne supportent pas l'hypothèse ou le carac-tère obligatoire de leur propre transformation, déplore l'écrivain suisse Christophe Gallaz (2). Les adultes sont aujourd'hui placés, à l'égard des enfants, sous le triple signe du kitsch, du mensonge et du détournement. [Ils] n'ont besoin d'[eux] que pour s'auto-injecter, grâce à leur voisinage, les sèves cardinales de la jeunesse et de l'énergie. Ils n'ont besoin d'eux que pour se supposer un destin. A l'instar de ces jurés qui poussent les faux-semblants du savoir-vivre jusqu'à récompenser une comédienne de 4 ans lors du Festival de Venise ["Ponette", de Jacques Doillon, NDLR], ils les font monter sur la scène de l'existence quotidienne et leur imposent d'y jouer, au sens théâtral du mot, les figurations idéales de la mémoire au temps des billes et des batailles navales, de la fraîcheur existentielle, de la spontanéité joueuse, de la lumière et de l'espoir. Quel trafic, quel pillage et quelle escroquerie ! "

L'enfant-roi a toujours raison, le conflit de générations a vécu, et tant pis s'il aidait ses belligérants à se forger une personnalité. Le culte contemporain du lycéen-usager inspire à Alain Finkielkraut, on le sait, une constante dénonciation de ce glissement de la transmission vers la cohabitation pacifique : il n'y a plus de maîtres et d'élèves, mais seulement des individus libres et égaux dans le droit de ne jamais vraiment se rencontrer et de poursuivre dans la plus parfaite tolérance mutuelle leur cheminement terrestre. Guido/Benigni, en renonçant à établir avec son fils une relation fondée sur le langage de la vérité, participe à l'engloutissement, échoue à résister à la déshumanisation en cours autour d'eux. Il adopte, frénétiquement, la posture du soignant dissimulant à son patient la gravité du mal qui le frappe, par terreur personnelle et oubli de son vis-à-vis plus encore que par compassion. A certains égards, " La vie est belle " rappelle le " Korczak " d'Andrzej Wajda, l'histoire de ce célèbre médecin qui lutta, d'octobre 1940 à août 1942, pour assister deux cents orphelins juifs dont il avait la charge, avant de les accompagner, volontairement, à Treblinka. Un jour d'orage, le bon docteur dissipe les éclairs d'un rassurant " abracadabra " : dans le ghetto, il fait murer les fenêtres du local où les enfants sont parqués. " Il faut les protéger de ce qui se passe. " Une scène du film pourtant, juste avant que la guerre n'éclate, montrait quelques-uns de ses anciens pupilles, confrontés à la réalité de l'antisémitisme polonais, venir lui reprocher de les avoir élevés dans une idée trop humaniste du monde. S'il vit un déchirement, Korczak est trop subtil pour s'enferrer dans la culture de l'illusion. " Quand, quelques jours avant qu'on ne les emmène, il fait jouer aux enfants une pièce de Tagore qui représente la mort d'un enfant, rappelait Elisabeth de Fontenay en 1990 (3), il semble exercer une pédagogie qui ressemble beaucoup à celle de la psychanalyse. "
Est-ce assez pour autoriser le réalisateur polonais, faute de happy end, à faire stopper en pleine campagne l'un des wagons du train, d'où s'échapperont " sereinement ", disparaissant " dans la lumière de l'aube ", les martyrs annoncés ? L'audace suscita de vives critiques - certains l'apparenteront plus tard à l'ahurissante image des douches dispensant une eau réparatrice dans les chambres à gaz revisitées par Spielberg. Elisabeth de Fontenay nuança les siennes : " Après tout, cette fin aussi peut toucher. Evocation du gaz par le léger brouillard d'un matin d'août, désir de consoler le spectateur en larmes, évocation de la promesse tenue par ces vies brèves et fières : en aucun cas, espoir d'une vie éternelle. L'ouvre d'art, à la différence de l'histoire historienne, a le droit de chercher à fournir le remède en même temps que le poison : aucun événement de l'histoire des hommes n'est tel que cet apaisement doive nécessairement passer pour une obscénité. " Wajda s'est gardé de trop sacrifier à l'allégorie la nécessaire rigueur du témoignage ; au chevet d'un soldat agonisant, Korczak, bouleversé, ignore ainsi l'exaltation d'un de ses admirateurs qui répète incontinent, insensible au drame : " J'ai écrit un poème sur ce que nous vivons ! " Pour Benigni en revanche, le choix de la fable est un contre-poison exclusif et suffisant. Dans la forêt de Ponary, où ils imposaient aux déportés de vider à mains nues les fosses communes, les Allemands prohibaient qu'on désignât les cadavres à brûler comme des " morts " ou des " victimes " ; il fallait utiliser le terme " figuren ", qui signifie " marionnettes ", " poupées ". La fable, toujours. " Le national-socialisme signifiait : "Je ne me soucie pas des conséquences sociales. Ce que je veux, c'est le conte populaire." Cette formulation est sans doute la plus douce et la plus abstraite. Qu'en réalité, le national-socialisme soit aussi une répugnante barbarie résulte de ce qu'au royaume de la politique, les contes de fées deviennent des mensonges. " Thomas Mann a écrit ces lignes en 1940.

Pour transmettre à l'écran, mieux qu'un autre, quelque chose de l'inimaginable extermination, Claude Lanzmann, dans " Shoah ", n'a pas eu besoin d'images d'archives. " On ne peut pas raconter. Se représenter ce que c'était. Même moi. ", lui murmurait un survivant. Benigni, évidemment, se défend d'avoir voulu représenter Auschwitz ; sa maladresse est telle qu'il dresse néanmoins du camp de concentration type un tableau bâtard, pittoresque, là où l'on préférerait à tout prendre qu'il se contente de suggérer. Mais il est dit qu'un " créateur " ayant fondé son art sur l'humour au premier degré, sur un comique transgressif aux relents situationnistes (" Il est interdit d'interdire "), ne saurait supporter de rester passif face à la grande tentation : contre les sinistres gardiens de la Mémoire, s'attaquer au tabou, le surmonter, jouer à formater le spectacle absolu. Rire de tout, donc - quel exploit ! " Quand on me dit que le comique ne peut rendre compte de l'horreur [.], je ressens comme une sorte de racisme artistique envers les comiques. Une volonté de censure ", confie l'héroïque impertinent (4). Il en appelle à Ra-belais, Chaplin, Fellini, Bergson quand on croirait entendre Patrick Sébastien ou Karl Zéro : au diable les pisse-vinaigre et les frileux, la vie est belle ! Qu'au recueillement figé succède enfin l'émouvant mouvement de la caméra compassionnelle, au silence du deuil la canzona dégoulinante et l'extase collective. A la prise de tête, le plaisir immédiat. De toute façon, " ce n'est pas réaliste " (5). Dans cet Auschwitz de carton-pâte " qui n'est pas Auschwitz ", où l'enfant ne sera pas séparé de son père par ces cerbères gothiques et ridicules aux rognes gutturales, où la mère n'est pas loin à qui l'on fait passer de doux messages, la vie n'est certes pas si laide. Seuls cette méchante fumée, ce charnier subliminal entraperçu à travers le brouillard disent le minimum indispensable, aux yeux du metteur en scène, pour camper l'atmosphère de l'historiette - et lui confèrent toute son ambiguïté. De sorte que les foules adolescentes qui se pressent dans les salles, chapitrées par leurs profs et leurs aînés (" Tu as fait tes devoirs de mémoire, Jean Eudes ? "), retiendront de la solution finale ce paysage de sidérurgie, une baraque aux airs de refuge alpin, ses austères paillasses, et puis cette tristesse finale sitôt consolée par les retrouvailles des deux rescapés, Giosuè/Jésus et sa mère (non juifs l'un et l'autre, littéralement). Tout est beau qui finit beau, à un mort près dont on pressent, sous le soleil radieux de l'après-guerre, qu'il sera vite oublié. Le clown a rempli son office, dans le film et dans la vie, avec son brave sourire pénétré d'enthousiasme humanitaire, ce sourire pour fins de JT pépédéiens et bouillons de culture dont Benigni est si prodigue. D'un drame à l'autre, de Santiago à Sarajevo en passant par la Shoah, le charmant poète va s'opposant, ravi, " à tous les totalitarismes ", en écho à une époque pour laquelle tous les nazis sont des salauds, et tous les salauds des nazis. Sans chercher à ériger la singularité de la Shoah en dogme définitif, on est contraint de constater que Benigni dénie pour le moins à Auschwitz et à ses victimes ce qu'ils ont pu avoir de spécifique. Est-ce idiotie, malveillance, s'il s'est arrêté, dans sa peinture de l'enceinte concentrationnaire, à un décor d'usine ? Ou doit-on y lire seulement une réminiscence de sa visite au camp de travail où son propre père fut brièvement interné ? " Avec une apparente modestie, [.] Benigni ravale "innocemment" Auschwitz au rang d'une situation historique comme une autre. Il ne dit jamais qu'Auschwitz est un détail, mais rend licite qu'un autre puisse proférer cette "opinion". Tout cela réclame, au moins, d'être pensé et discuté. Or, et c'est le deuxième phénomène engendré par le film, on a vu, à son sujet, se développer un discours inquiétant. [.] On peut le résumer par une formule : "Ne venez pas discuter de ce film puisqu'il nous a émus ". " Les journalistes, comme Jean-Michel Frodon (" le Monde "), ont eu beau éclairer dès sa sortie les zones d'ombre du " conte ", le public leur a donné tort, fondant effectivement sa joie sur l'émotion éprouvée. On sait ce que les larmes peuvent avoir de cathartique. Associées à ce nivellement délibéré des tragédies humaines - " Si tout le monde est coupable, personne n'est coupable puisque le mal est inhérent à l'humanité et à la guerre " (6) -, il semble qu'elles aient ici permis d'alléger une conscience commune encombrée d'un événement décidément trop lourd à porter ; c'est somme toute en terre chrétienne que l'inhumanité radicale aura trouvé ses organisateurs et assez de bonnes volontés et de muets témoins pour la mettre en chantier. " La vie est belle " réaliserait alors une sorte de " vou collectif d'affranchissement vis-à-vis de l'énormité du crime accompli contre le peuple juif ", ainsi que l'écrit Robert Holcman (7). Si tel n'était pas son projet, demande celui-ci, qu'aurait perdu Benigni " à mettre en scène une famille catholique italienne " ? " A-t-on besoin d'un si grand massacre pour parler à un enfant ? Surtout pour lui mentir ? Et blaguer sur le sujet ? ", ajoute Jean-Jacques Moscovitz, psychanalyste (8). C'est qu'à travers cette intrigue universelle, sacrifice du père et sauvetage de l'enfant, la récupération/réappropriation du malheur du siècle devient enfin possible par ceux qui trépignaient d'en être tenus à l'écart : à chacun sa part du " gâteau de la souffrance " (9), plus besoin de s'en aller implanter un carmel et une forêt de croix sur les lieux de la catastrophe, saint Guido a racheté nos péchés. " Il est nécessaire d'accepter la manière dont d'autres que nous parlent de cet événement ", commente-t-on au sein des institutions juives de France, prudemment consultées avant la sortie du film. " Une certaine dénaturation de la Shoah est nécessaire pour transmettre. Il faudra nous y faire et nous attendre à être surpris par des ouvres de plus en plus nombreuses allant dans ce sens. " La résignation de ceux-là, sans doute soucieux de ne pas donner l'impression de veiller sur la Shoah comme sur un fonds de commerce (accusation fréquente), tempère l'enthousiasme des autres, majoritaires. Rire aux farces de Benigni, quand on saigne à jamais de ces souvenirs-là ? Fugitive consolation du sanglot déguisé, consolation quand même, probablement.
Au camp, Primo Levi rêvait souvent qu'une fois revenu chez lui, il essayait de raconter, mais nul ne voulait l'écouter. Rêve prémonitoire, remarque Finkielkraut. " Si c'est un homme ", pendant plusieurs années, ne trouva pas d'éditeur. Soudain, les oreilles qui refusaient d'entendre la parole des survivants sont grandes ouvertes : le passé est à la mode, pour autant qu'il donne lieu à procès médiatisé, muséalisation unanimiste ou, comme ici, tourisme culturel à objet humanitaire. Elle est rodée, la " machine à oublier " évoquée par Lanzmann à propos de " Schindler ". " Voilà bien la plus désespérante des leçons de l'histoire : c'est que l'histoire ne comporte pas de leçons, ou plutôt que ses leçons ne sont pas entendues ; que l'expérience d'une génération n'est pas transmise à la suivante ; et que le livre le mieux fait, le film le plus pathétique ou le plus respectueux, en un mot l'éducation la plus parfaite du genre humain ne nous dispensera jamais d'un regard neuf sur le présent, d'une mobilisation à refaire sans cesse de l'intelligence et de la volonté ", écrivait alors Jacques Julliard. Mais autant on pouvait, dans une certaine mesure, pardonner à Spielberg sa désarmante ingénuité et envisager les effets pédagogiques, aux Etats-Unis, de sa superproduction, autant la revendication transgressive du clown européen paraît inadaptée à la question du génocide juif. Au terme de cette éducation sentimenteuse, l'enfant enniaisé n'a rien vu, ne sait rien ni du Bien, ni du Mal, ni de leur trouble commerce ; il a joué. Le récit, qui aurait pu, par la clarté de son regard, leur resti-tuer un peu de vie, a renvoyé à leur abyssale obscurité 6 millions de morts sans nom dont toute trace du passage sur cette terre avait déjà été méthodiquement effacée par leurs bourreaux. Le comble est encore que de ce pays des ombres, Benigni, messager de l'insignifiance, se pique de revenir avec une Bonne Nouvelle.


(1) " Incapable de distinguer la part de réalité de celle du jeu, l'enfant devient faux. Face au spectacle permanent qu'on lui sert, rien en lui ne fait résistance. Ainsi conçu par Benigni, il sort d'un fantasme d'adulte qui imagine que la demande de jeu est la seule réalité d'une enfance dont l'existence n'admet pas d'autre principe " (Charles Tesson, les " Cahiers du cinéma " n°529).
(2) " Le Monde " du 26 novembre 1996.
(3) Dans un article du " Messager européen " (Gallimard).
(4) " Télérama " du 21 octobre 1998.
(5) Aveu du scénariste : " Paradoxalement, la première partie nous a demandé beaucoup plus de travail que la seconde. "
(6) Simone Veil.
(7) " Le Monde " du 31 octobre 1998.
(8) " Libération " du 12 novembre 1998.
(9) On lira, dans " l'Avenir d'une négation " (Alain Finkielkraut, Seuil, 1982), l'analyse de l'irritation suscitée çà et là par " les prestiges et l'impunité que cette barbarie confère à ses victimes et à leurs descendants ".

LA LIBERTÉ VICTIME DE LA GUERRE

On nous avait annoncé la guerre de la Liberté contre la Dictature. Foutaise. Cette guerre est celle de l'obscurantisme. Nous voici replongés en plein Moyen-Âge. Les missiles ont remplacé les lances, les armures ont fait place aux tanks, la guerre est plus meurtrière que jamais, tue toujours plus de civils, mais, dans ce qui tient lieu de cervelle aux faucons de tous les temps, rien n'a changé. Ils en sont toujours au niveau zéro de la pensée. C'est ainsi que le 29 mars 2003 le Congrès des Etats Unis d'Amérique, dans un beau mouvement qui devrait rester éternellement inscrit dans le livre des records du crétinisme, a appelé les sujets de cette douce contrée à une journée de jeûne et de prière pour attirer la protection divine sur eux.

Triste temps où les fous de Dieu font pleuvoir un déluge de feux sur les "villes ennemies" et un déluge de sottises grotesques sur le reste de la planète ! Après avoir mis le feu aux poudres, les capitalistes occidentaux se dévoilent totalement : leur seule idéologie, c'est celle du sabre et du goupillon, du fusil et de la bible. Ceux qui ne périront pas sous les bombes souffriront jusque dans leur chair de cette idéologie criminelle et rétrograde. Car, pour faire oublier leurs turpitudes, les maîtres du monde ont fait le choix d'imposer partout leur morale ; enfin, ce qu'ils appellent "morale" et qui n'est qu'une suite ininterrompue d'hypocrisies. Au nom de leur "morale", ce sont les libertés les plus précieuses qui sont visées : la liberté de croire ou de ne pas croire, la liberté de pensée en général, la liberté d'expression, la liberté d'aller et de venir, de circuler sans être fouillé ou contrôlé, de sortir le jour et la nuit, la liberté de vivre sa vie intime comme on l'entend...

La première victime de la guerre, c'est la liberté. La mise à mort des libertés individuelles et collectives, qui s'affiche aujourd'hui au grand jour au nom de Dieu, a été longuement préparée. Toute la campagne "sécuritaire", que nous n'avons pas cessé de dénoncer dans nos colonnes, n'avait d'autre objectif que d'y préparer les esprits, en France comme dans le reste du monde occidental. La guerre vient permettre aux réactionnaires de tous bords de resserrer encore plus les boulons. Car la guerre n'est pas un phénomène isolé dans une société. Il existe une corrélation étroite entre la façon de concevoir, de créer, de mener les conflits et l'organisation générale d'un groupe humain. La mise en route de la machine guerrière influe directement sur toute l'organisation de la société...

Napoléon, grand boucher devant l'histoire, le disait : une "nuit parisienne", avec des femmes ramenées au rang de bêtes à plaisir pour guerriers au repos, suffit à fournir les futurs bataillons. Les guerres modernes, tout autant que les anciennes, exigent qu'on produise des enfants, comme on produit des marchandises. Qu'ils deviennent kamikazes ou petits GI's, ce n'est qu'une question de lieu de naissance. L'ordre moral est le même partout : les femmes sont réduites à l'état de ventres, les hommes hétérosexuels sont classés comme des pions dans l'ordre hiérarchique, et les enfants, élevés au garde à vous, sont préparés dès leurs premiers jours au sacrifice suprême. La famille patriarcale est le pilier grâce auquel l'Etat renforce la militarisation des esprits avec la complicité des religieux de tous bords. Nouvel et spectaculaire exemple de cette collusion, Bush introduit de plus en plus souvent, avec un plaisir non dissimulé, le terme "sacrifice" dans ses discours.

"Sacrifice", "résignation", "peuple", "dieu", "souffrance", "prière", "nation", "guerre"... des mots qui sonnent comme une musique divine aux oreilles des colons israéliens qui massacrent impunément en Palestine, tout comme ils résonnent merveilleusement dans la tête des djiaddistes fanatisés. Entendons-les, les uns et les autres, appeler au massacre en se gargarisant de leur dieu. Dieu ? Les libertaires n'ont jamais persécuté personne et ne persécuteront jamais qui que ce soit, parce qu'il conçoit le monde avec un créateur, un grand architecte, un dieu, quelque soit le nom qu'il lui donne. Si nous réfutons cette opinion, si nous la critiquons, si nous la discutons, si nous ironisons dessus, nous savons que c'est une affaire de conscience personnelle qui n'appartient qu'à chacun. Mais ici, Dieu n'est pas un point de philosophie à discuter. Ici, Dieu est une bonne affaire pour les dirigeants. Tout le monde le sait : la guerre, c'est le crime organisé à l'échelle industrielle. Pour obliger les populations à y participer, l'état pour moderne qu'il se prétende, ne peut s'appuyer que sur l'irrationnel : pour accepter de mourir volontairement au service de l'état, il faut y croire. Dieu est là pour ça. C'est lui qui est chargé de faire "passer la pilule". Accepter l'intrusion dans la société de l'irrationalité est un pas essentiel vers l'acceptation de l'absurdité criminelle. C'est la porte ouverte à la soumission mortelle à ces chefs qui, sur cette pauvre planète, tiennent le haut du pavé : Arafat parkinsonnien, Sharon goutteux, cheik Yacine aveugle, Bush cirrhotique, Sadam psychopathe. Ils sont vieux, laids, malades et méchants. Et c'est dans leur méchanceté maladive qu'ils puisent la force de condamner des femmes et des hommes, jeunes, sains et beaux, à crever. Quelle obscénité ! "Sacrifice", "résignation", "peuple", "dieu", "souffrance", "prière", "nation", "guerre" ... nous ne nous reconnaissons pas dans ces imprécations ! Nous, nous aspirons à débarrasser le monde de l'exploitation, et, s'il faut une litanie pour qu'on nous comprenne, alors, qu'elle soit "solidarité", "courage", "humanité", "raison","bonheur", "réflexion","collectivités autogérées", "paix".

Lucie

Liberté, Egalité, Fraternité

Héritage du siècle des Lumières, la devise " Liberté, Egalité, Fraternité " est invoquée pour la première fois lors de la Révolution française. Souvent remise en cause, elle finit par s'imposer sous la IIIème République. Elle est inscrite dans la constitution de 1958 et fait aujourd'hui partie de notre patrimoine national.

 

Associées par Fénelon à la fin du XVIIème siècle, les notions de liberté, d'égalité et de fraternité sont plus largement répandues au siècle des Lumières.

 

Lors de la Révolution française, " Liberté, Egalité, Fraternité " fait partie des nombreuses devises invoquées. Dans un discours sur l'organisation des gardes nationales, Robespierre préconise, en décembre 1790, que les mots "Le Peuple Français" et "Liberté, Egalité, Fraternité" soient inscrits sur les uniformes et sur les drapeaux, mais son projet n'est pas adopté.

 

A partir de 1793, les Parisiens, rapidement imités par les habitants des autres villes, peignent sur la façade de leurs maisons les mots suivants : "unité, indivisibilité de la République ; liberté, égalité ou la mort". Mais ils sont bientôt invités à effacer la dernière partie de la formule, trop associée à la Terreur...
 

Comme beaucoup de symboles révolutionnaires, la devise tombe en désuétude sous l'Empire. Elle réapparaît lors de la Révolution de 1848, empreinte d'une dimension religieuse : les prêtres célèbrent le Christ-Fraternité et bénissent les arbres de la liberté qui sont alors plantés. Lorsqu'est rédigée la constitution de 1848, la devise " Liberté, Egalité, Fraternité " est définie comme un " principe " de la République.

 

Boudée par le Second Empire, elle finit par s'imposer sous la IIIème République. On observe toutefois encore quelques résistances, y compris chez les partisans de la République : la solidarité est parfois préférée à l'égalité qui implique un nivellement social et la connotation chrétienne de la fraternité ne fait pas l'unanimité.

 

La devise est réinscrite sur le fronton des édifices publics à l'occasion de la célébration du 14 juillet 1880. Elle figure dans les constitutions de 1946 et 1958 et fait aujourd'hui partie intégrante de notre patrimoine national. On la trouve sur des objets de grande diffusion comme les pièces de monnaie ou les timbres.

 

LIBERTE

 

Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable de neige
J'écris ton nom

*     *     *     *     *     *

*     *     *     *     *     *

Sur les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom

*     *     *     *     *     *

*     *     *     *     *     *

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J'écris ton nom

*     *     *     *     *     *

*     *     *     *     *     *

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l'écho de mon enfance
J'écris ton nom

*     *     *     *     *     *

*     *     *     *     *     *

Sur tous mes chiffons d'azur
Sur l'étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J'écris ton nom

*     *     *     *     *     *

*     *     *     *     *     *

Sur les champs sur l'horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J'écris ton nom

*     *     *     *     *     *

*     *     *     *     *     *

Sur chaque bouffées d'aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J'écris ton nom

*     *     *     *     *     *

*     *     *     *     *     *

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l'orages
Sur la pluie épaisse et fade
J'écris ton nom

*     *     *     *     *     *

*     *     *     *     *     *

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J'écris ton nom

*     *     *     *     *     *

*     *     *     *     *     *

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J'écris ton nom

*     *     *     *     *     *

*     *     *     *     *     *

Sur la lampe qui s'allume
Sur la lampe qui s'éteint
Sur mes raisons réunies
J'écris ton nom

*     *     *     *     *     *

*     *     *     *     *     *

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J'écris ton nom

*     *     *     *     *     *

*     *     *     *     *     *

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J'écris ton nom

*     *     *     *     *     *

*     *     *     *     *     *

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J'écris ton nom

*     *     *     *     *     *

*     *     *     *     *     *

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J'écris ton nom

*     *     *     *     *     *

*     *     *     *     *     *

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attendries
Bien au-dessus du silence
J'écris ton nom

*     *     *     *     *     *

*     *     *     *     *     *

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J'écris ton nom

*     *     *     *     *     *

*     *     *     *     *     *

Sur l'absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J'écris ton nom

*     *     *     *     *     *

*     *     *     *     *     *

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l'espoir sans souvenir
J'écris ton nom

*     *     *     *     *     *

*     *     *     *     *     *

Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

*          *          *          *          *          *

     *          *          *          *          *          *

* * * LIBERTE * * *

Changer de maison, écrire des chansons, en liberté
Sortir dans la rue, me sentir perdu, en liberté
Vivre la vie de ses gens d'en face
Vivre en souriant tout seul dans ma glace

Voler un bateau, pour marcher sur l'eau, en liberté
Chanter sous la pluie, brûler toutes mes nuits, en liberté
Me noyer d'alcool et de tabac
Pour ne plus jamais penser à toi

Liberté, en parole en musique
Liberté, sous d'autres Amériques
Liberté, être un danger public
Un voyou romantique
Liberté, loin des cris de la fête
Liberté, de victoire en défaite
Liberté, à en perdre la tête

Libéré de t'avoir aimé

Changer de planète, être ou ne pas être en liberté
Partir sur une île, aimer d'autres filles, en liberté
Se réveiller entre chien et loup
Pour ne plus jamais penser à nous

Désespéré peut-être

Liberté, et renaître à la vie
Liberté, encore un pas en vie
Liberté, et déjà dans la ville
Quelque part tu m'oublies

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Quelle est la fin de tout? la vie, ou bien la tombe?
 

Quelle est la fin de tout? la vie, ou bien la tombe?

Est-ce l'onde où l'on flotte? est-ce l'onde où l'on tombe?

De tant de pas croisés quel est le but lointain?

Le berceau contient-il l'homme ou bien le destin?

Sommes-nous ici-bas, dans nos maux, dans nos joies,

 Des rois prédestinés ou de fatales proies?

 

O seigneur, dites-nous, dites-nous, ô Dieu fort,

Si vous n'avez créé l'homme que pour le sort?

Si déjà le calvaire est caché dans la crèche

Et si les nids soyeux, dorés par l'aube fraîche,

Où la plume naissante éclôt parmi des fleurs,

Sont faits pour les oiseaux ou pour les oiseleurs?