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Dans le paysage politique de notre Pays, on
note les difficultés endurées par six (6) quotidiens
nationaux de la presse libre et infligées par les autorités,
depuis le lundi 18- 08- 2003. Cela se manifeste par des
"tentatives" d'intimidation diverses dont la
suspension pour "raisons commerciales" et les convocations
dans des commissariats de police.
Il est à souligner que la liberté d'expression est l'un des
rares acquis de notre "jeune démocratie". C'est un précieux
acquis pour lequel il faut se mobiliser, afin de le
préserver et de le conserver, à moins que nous voulions
vivre dans l'opacité la plus... totale.
Pour en savoir plus sur cette "affaire", vous pouvez
consulter, sur Internet, les sites Web des quotidiens
auxquels on veut faire baisser le ton.
Ce site n'a aucune vocation politique ou
commerciale, mais ce qui arrive nous interpelle et ne nous
indiffère pas. Alors, en signe de solidarité avec les
collectifs de ces journaux, nous leur disons, tout en les
saluant:
"Bon courage pour le combat et tenez bon; vous n'êtes pas
seuls!
Cordialement."
*********************************************************
Après la fermeture du quotidien "LE
MATIN", Que deviennent les journalistes qui y
travaillaient??? et que deviennent leurs familles, leurs
enfants....???....Bonjour à eux....Nous leur souhaitons bon
courage et les assurons de tout notre soutien.
Je n'oublie pas, bien sûr, de témoigner toute notre
solidarité à Mr Benchicou le directeur de ce quotidien. Il
a été mis en prison pour deux années pour ses
écrits....entre autres.....Ses "mots" de chaque
jeudi n'étaient pas à rater......Espérons qu'il ne tarde
pas à revenir parmi les siens qui sont très
nombreux.......Je mettrai, ici, quelque chose de lui dès
que possible......
Chaque mercredi, "Métaphores"
"était" une chronique incontournable et c'est
l'une de mes préférées....En voici "un
échantillon" datant du mercredi 21 Avril 2004....
Métaphores
Par
Ammar Belhimer
«
La maison de l'obéissance »
Les premiers indices que livrent les événements quant au
scrutin du 8 avril plaident pour « le dilemme du prisonnier
» qui, en théorie relate le cas où, craignant le
comportement opportuniste de celui auquel il est confronté,
le joueur choisit une solution qui minimise les risques, même
s'il peut tirer meilleurs profits et avantages s'il était
en situation de coopération ou de confiance. La suite des
événements indiquera forcément ma consistance précise du
jeu et ce qui peut résulter de cette défaillance.
C'est la raison pour laquelle
il convient aujourd'hui de ne pas focaliser le débat sur
les personnes, car aussi exécrables qu'elles soient, si
elles n'avaient pas été là, d'autres auraient
certainement fait à peu près la même chose. Ce sont les
forces sous-jacentes qu'il importe de sérier en termes de
système. Ce dernier, bien que toujours en cours de
maturation, gagne en cohésion et en cohérence, en raison
tout autant de son caractère oligarchique et de l'habitus
qui s'installe en son sein que de son « endogamie-homogamie
». Ce dernier binôme évoque la cohérence humaine qu'il
recèle du fait des relations de sang (et d'affaires aussi)
qui se nouent à l'intérieur du groupe, qu'il soit un clan,
une tribu ou une caste, alors que l'habitus révèle ce qui
se profile comme manières d'être et comme façons de faire
et de réagir communes à ce groupe. L'oligarchie est ce qui
oppose le groupe à la démocratie parce que le pouvoir réel
se transmet en son sein.
Inutile de préciser qu'en
l'espèce, l'autoritarisme que cela génère est aveugle,
cupide et grossier.
Il y a là un thème majeur
à cogitation que n'autorise pas encore le besoin d'opacité
inhérent à la jeunesse et à la fragilité du groupe. Le
faire, c'est toucher à son intimité et s'exposer à des réactions
imprévisibles.
A ce titre, « la maison de
l'obéissance », par laquelle Abdelhamid Mehri désigne
l'enclos réservé au FLN par le système né de ses cendres
au lendemain de l'Indépendance, mérite plus qu'un simple
survol de chroniqueur. Elle suggère qu'on s'intéresse à
ce qui est tapi derrière la vitrine, c'est-à-dire la
boutique et l'arrière-boutique. Y séjournent, hors de
toute échéance électorale et de tout contrôle, les
programmeurs de carrière et les distributeurs de rôles et
de rentes. Et rien n'échappe à leur volonté, ni le destin
du dernier-né de Bir El Ater, ni le bénéficiaire d'une
attribution AADL. Elle suggère aussi qu'entre le FLN et le
système, le rapport est plus que charnel et que toute
volonté d'affranchissement du premier est vite associée à
la fugue, voire à l'adultère, de la femme mariée, la
sanction tenant à sa mise en quarantaine et, premier
avertissement, à de frivoles relations avec une tierce
personne qui, pour l'instant, ne peut être qu'une maîtresse.
Nombre de valeurs unissent ce
couple bien vieillissant, quelque peu pervers et
naturellement bruyant.
Derrière les tumultes de l'âge,
il y a bien entendu des mutations. La première, et non des
moindres, est cette volonté désespérée de l'autodidacte
de se mettre au goût du jour, celui de l'économie de marché,
en s'appropriant, sans trop savoir comment, des biens jadis
indivis.
La vieille thèse boumédiéniste
de « qui veut faire fortune libère le pouvoir » a
subitement cédé au profit du « pantouflage », une
expression par laquelle on désigne aujourd'hui le transfert
fulgurant d'un fonctionnaire ou d'un gestionnaire du service
ou du secteur public à une fonction privée, de propriété
ou de gestion, dans un domaine en relation avec son activité
antérieure. En Algérie, « le pantouflage » est monnaie
courante et nul ne s'en inquiète outre mesure. Ailleurs, on
s'efforce de le juguler pour s'épargner des conflits d'intérêt
et, surtout, pour préserver la confiance dans les
institutions publiques.
L'esprit d'initiative propre à une économie de marché réellement
concurrentielle est férocement réprimé, tout autant que
l'expression libre, critique et constructive. A défaut de
valoriser l'individualisme, l'économie de bazar nourrit
l'anomie, au sens que lui donne Émile Durkheim de trouble
social exprimant l'indifférence d'une personne à l'égard
de la société ou son incapacité à s'inscrire dans les règles
qui en assurent le bon fonctionnement.
La société, elle, se réfugie naturellement - peut-elle
faire autrement ? - dans la réfraction, essentiellement
parce que le mode d'accès à une propriété stable et à
un pouvoir légitime n'est pas connu et partagé de tous.
L'effet Mathieu, communément
attribué à l'évangéliste auteur de la célèbre maxime
« aux riches, il sera donné, aux pauvres, il sera retenu
», expose les larges couches populaires à une paupérisation
qui n'a pas d'égale depuis l'époque coloniale.
Le relâchement social qui en
découle tient, entre autres, à l'extinction de la classe
moyenne. Or, historiquement, les progrès politiques que
l'on attribue habituellement à la démocratie, notamment «
l'Etat de droit » et le rejet de la concentration des
pouvoirs, avaient été d'abord son exigence, avant d'être
son oeuvre.
L'expression la plus
manifeste de ce gâchis et de cette faille sociale est
l'exil, forcé ou suscité, d'une génération entière
d'intellectuels de valeur, l'absence d'un mouvement
estudiantin critique et frondeur, d'un corps de chercheurs
assidus, de puissants syndicats d'enseignants, de
magistrats, d'avocats, de médecins, etc. Tous ces corps
demeurent les victimes désignées de ce que Lacan ramassait
sous le vocable sciemment provocateur de « canaille » par
lequel il traduisait « une affirmation
d'anti-intellectualisme ». La dévalorisation du savoir, de
l'érudition, en un mot de l'esprit, au sein de la société,
en est la traduction.
Les matrices néocoloniales
de l'ajustement externe sont venues se greffer à une
situation politique interne digne du stalinisme où le
pluralisme en vigueur tient à un alignement inconsidéré
de formations issues du même moule, des mêmes intérêts
et des mêmes pratiques. L'autorité se veut sûre, dure et
entière.
Des hommes politiques avisés
avaient fort opportunément averti que pour remonter du
puits, il fallait d'abord toucher le fond. Or, l'avons-nous
déjà touché et comment le savoir ?
Quelles que soient les réponses que suggèrent ces
questions fort pertinentes, il y a tout de même lieu de se
rassurer : il n'y a pas de quoi craindre une euthanasie
nationale. L'état comateux dans lequel sommeillent encore
l'économie, les forces sociales et les acteurs politiques -
il nous est imputable à tous - n'est pas insurmontable.
Au pire, on se consolera de ces vers d'Aragon : « Ne s'éteint
que ce qui brilla. » C'est-à-dire l'oeuvre des coeurs généreux
et des esprits sans cesse créateurs, tenaces et persévérants.
A. B.
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L'article suivant est pour
"la mémoire"; il a été signé par Mr Maâmar
Farah que j'apprécie beaucoup et que j'aime lire. "LES
MOTS DU
JEUDI" est une chronique
très interessante qui a une dimension
...humaine....
Quand j'ai lu les "Cent bougies....", j'ai
ressenti le "besoin" de "les" ramener
pour "éclairer" cette page......
Ce sont les victimes de la profession durant la crise
Algérienne......Puisse Dieu leur accorder, ainsi qu'à
toutes les autres victimes, sa sainte
miséricorde et les accueillir dans ses "fassîhi
djinânihi"......et qu'il vienne en AIDE à tous leurs
proches........
LES
MOTS DU
JEUDI
(2 dec. 2004)
Cent
bougies pour chasser l'obscurité
......
.....Taisez-vous
un moment et écoutez l'histoire, la vraie, celle qui ne
s'écrit pas dans les livres officiels. Mais celle qui
vivra éternellement dans le cour de ce pays, dans l'eau
pure de ses ruisseaux, dans le ciel et la mer, dans les
dunes de son Sahara, dans les gorges profondes de ses
montagnes, dans les yeux des mômes qui rêvent de liberté !
Cette histoire s'en fout des règnes éphémères et des
pouvoirs momentanés, elle s'en fout des urnes et des
humeurs partisanes ! Elle a l'éternité pour elle.
Demain, les générations sauront réserver à ces héros la
place qu'ils méritent dans le panthéon de l'histoire.
Et si vous êtes de ceux qui oublient trop vite, laissez
tomber ce journal et précipitez-vous là où l'on
distribue les dividendes des zerdas électorales. Ici, nous
pleurons nos braves.
1993
Tahar DJAOUT, directeur de Ruptures. Rabah ZENATI,
ENTV. Abdelhamid BENMENI, Algérie Actualités. Saâdeddine
BAKHTAOUI, El Minbar (APUA). Abderrahmane CHERGOU, Alger
Républicain et L'Hebdo libéré. Djamel BOUHIDEL,
photographe Le Nouveau Tell, à Blida. Mustapha ABADA,
directeur général ENTV. Ismaïl YEFSAH, ENTV. Youcef SEBTI,
indépendant, écrivain, poète.
1994
Rachid KODJA, radio. Abdelkader HIRECHE, ENTV. Mohamed
HASSAINE, Alger Républicain, disparu à Hammadi.
Hassan BENAOUDA, ENTV. Yahia BENZAGHOU, APS, cellule
Communication du Premier ministre. Abdelmadjid YACEF,
photographe L'Hebdo libéré. Rachid BENDAHOU, L'Hebdo
libéré. Mohamed MECEFFEUK, El Watan. Ferhat
Cherkit, El Moudjahid. Hichem GUENIFI, radio ENRS.
Yasmina DRISSI, Le Soir d'Algérie. Mohamed Lamine
LEGOUI, APS à Bousâada. Laïd-Ali AIT EL-HARA? Radio.
Mouloud BAROUDI, photographe ANAF à Tipaza. Smail SBAGHDI,
APS. Lahcene BENSAADALLAH, directeur de El Irchad.
Tayeb BOUTERFIF, radio. Farah ZIANE, rédacteur-en-chef de Révolution
Africaine, à Blida. Mohamed-Salah BENACHOUR, APS, à
Blida. Kaddour BOUSSELHAM, Horizons, disparu à Mascara.
Yasser El-AKEL El Massa. Nasser-Eddine LAKEHAL, El
Massa, à Boufarik. Ahmed ISSAAD, radio, à Boufarik. Saïd
MEKBEL, directeur du Matin.
1995
Zineddine ALIOU-SALAH, Liberté, à Blida. Ali ABOUD,
radio Chaîne1. Abdelmadjid Yahiaoui, Echaâb. Nacer
OUARI, ENTV. Djameleddine ZAITER, El Djoumhouria,
à Gdyel. Mahmoud OUARHOUM, APS. Rachida HAMMADI, ENTV,
mourra de ses blessures le 31. Houria HAMMADI, ENTV, soeur
de Rachida, meurt sur le coup. Ali BOUKHERBACHE, El-Djoumhouria,
directeur de Media TV. Mohamed ABDERRAHMANI, directeur El-Moujahid.Makhlouf
BOUKHEZAR, ENTV, à Constantine. Azzedine SAIDJ, El Ouma.
Bakhti BENAOUDA, indépendant, écrivain, à Oran. Malika
SABOUR, Echourouk El Arabi. Mourad HEMAZI, ENTV.
Ahmed TAKOUCHET, Radio Cirta. Naïma HAMOUDA, Révolution
Africaine. Ameur OUAGUENI, Le Matin. Saïd
TAZROUT, Le Matin, à Tizi Ouzou. Brahim GUERROUI,
caricaturiste, El Moujahid. Yasmine BRICK, radio Chaîne
1. Radja BRAHIMI, ENTV, à Dellys. Said BRAHIMI, ENTV, à
Dellys. Rabah LALLALI, ENTV. Abdelwahab SAADAOUI, Echaâb.
Ahmed BOUGUERRA. Saida DJEBAILI, El Hayat El Arabi.
Ahmed Mustapha LAZHAR, El Hayat El Arabi. Mohamled
FETTAH, ENTV. Nourredine SERDOUK, Liberté. Khaled
GUERDJOUMA. Omar OURTILANE, rédacteur-en-chef El-Khabar.
Ahmed KHALFOUN, APS. Hamid MAHIOUT, Liberté. Hamidou
BENKHERFELLAH, Liberté. Khedidja DAHMANI, Echourouk
El Arabi. Abdelkrim BENDAOUD, ENTV. Mohamed BELKESSAM,
chef de production ENTV. Khaled MERIOUD, réalisateur ENTV.
Taleb ADEN, indépendant.
1996
Mohamed MEKATI, El Moudjahid. Khaled ABOULKACEM, L'Indépendant.
Abdallah BOUHACHEK, Révolution et Travail, à Blida.
Allaoua AIT-MEBAREK, dir. de la rédaction le Soir d'Algérie.
Mohamed DORBANE, le Soir d'Algérie. Djamel DERAZA, le
Soir d'Algérie. Naïma ILLOUL, ENTV. Achour BELGHEZLI, Le
Pays, à Tizi Ouzou. Dalila DRIDECHE, Le Pays, à
Tizi Ouzou. Mourad TAAM, radio. Belkacem SAADI, ENTV
Constantine, à Skikda. Slim TRIA, radio. Djilali ARABDIOU,
photographe Algérie-Actualités. Yahia AMOUR, ENTV.
El Hadi SLIM, ENTV. Djamel BOUCHIBI, El-Moudjahid.
Farida BOUZIANE, Le Pays, à Draâ Ben Khedda.
Boualem TOUARI, ENTV. Mohamed KESSAB, Radio Coran et
Radio-Mitidja.. Mokrane HAMOUI, directeur commercial Echourouk
El-Arabi. Boussaâd ABDICHE, El Moudjahid.
1997
Messaoud BELLACH, El Moudjahid. Si-Ali REGUIEG, ENTV.
Abdelwahab HARROUCHE, El Moudjahid. Ali TENKHI, ENTV.
Zoubida BERKANE, ENTV.
........
*
* * * * * *
*
Je ne résiste pas à l'envie de rajouter "un
bout" des "mots" suivant pour deux raisons
essentiellement:
1°-
Mon grand-père maternel Ouzzani Md Saïd, Allah yerrahmou,
a été Imam (et "moudariss") à Djemaâ Saharidj à la fin des années 60 et
c'est là bas qu'il repose.....L'enfant que j'étais à
l'époque garde de son enterrement
un souvenir...grandiose....Il aimait cette région et ses
habitants (que je salue au passage) le lui rendaient
bien....On l'aimait.......J'aurais tellement voulu le connaître un peu plus...mais le
destin a ses raisons........Akirhem Rebbi a jeddi....hamlaghk.....
Adhirham
Rebbi Mr "Salah" à qui est dédié
l'article......
Adhirham
Rebbi tous ceux qui nous ont quittés......
2°-
Le post-sriptum adressé à Mr Mohamed Benchicou est
très...émouvant.....
LES
MOTS DU
JEUDI
(25 nov. 2004)
Djemaâ
Saharidj ou le rêve inachevé de Salah
.....
Puis, après un long silence : « Mon rêve,
c'est d'offrir à Djemaâ Saharidj quelque chose qui
restera après moi. J'y pense et j'y travaille. Un
projet qui allégera un petit peu les souffrances de
quelques-uns. Un orphelinat, une maison de vieilliards, un
projet humanitaire. »
Aujourd'hui que je pense à cette magnifique nuit passée
à mi-chemin de la plaine du Sebaou et des altitudes de Ain
El Hammam, quelque chose me dit que, là-haut où il repose
pour l'éternité, Salah doit être bien heureux de voir
que les enfants de Djemaâ Saharidj continuent de porter
haut le flambeau de l'identité et de la solidarité. Où
qu'ils se trouvent. Même dans le lointain Québec où le
poète originaire de ces monts imprenables, prolonge le rêve :
An
ruhad arruah u zerzur
I qad maghid ughamac
Nufad mid neguer lebhur
Agris adfal yess tawhac
M.F
P.S. :
A Benchicou, je dédie ces vers en l'assurant du soutien
de tous les braves d'Algérie. Déjà cinq mois et
quelques poussières. Il ne reste pas beaucoup.Dans
quelques secondes, tu seras libre. Demande à Mandela.
Il te le dira.
*
* * * * * *
*
Aujourd'hui, Lundi
17 octobre 2005, le reportage de Arezki Metref sur le
quotidien "Le Soir D'ALGERIE est un "hommage" à un grand de
la résistance Algérienne face à la colonisation. Il s'agit
de Feu Cheikh Aheddad de Seddouk...;de chez moi....je n'ai
pu y résister...
Kabylie Story : KABYLIE STORY
II
Seddouk Ouffella : solitude post-mortem de Cheikh Aheddad
Par Arezki Metref
Taos,
ma vieille complice d'Akbou, a un contact. Un confrère, qui
habiterait Seddouk, lui avait dit qu'elle pouvait compter
sur lui. En grimpant dans la Hyundai bleu pétrole conduite
par Mustapha, un copain d'Alger que j'entraîne dans ces
nouvelles pérégrinations, elle se désole de ne pas me donner
de réponse. Le confrère ne répond pas au téléphone. On
essaye une dernière fois. La voix métallique du répondeur
nous apprend invariablement que le correspondant est
injoignable. On va tout de même à Seddouk, après un crochet
par Sidi Yahia, le marabout thermal qui fait un tabac.
N'étant plus tout à fait une piste, la route n'est cependant
pas encore confortablement carrossable. Conclave dans la
voiture : compte tenu du peu de temps dont nous disposons,
mieux vaut sacrifier Sidi Yahia. Il sera encore là, un autre
jour.
On préfère foncer sur Seddouk, dans l'ignorance de cette
nuance décisive : c'est qu'il y a Seddouk bada', le bas,
Seddouk Oufella, le haut, et Seddouk centre. C'est là-dedans
que nous arrivons. Les rues sont tirées au cordeau. Il ne
serait pas étonnant que, comme dans certaines villes des
Etats-Unis, les rues portent des numéros plutôt que des
noms. On avait imaginé que le souvenir de cheikh Aheddad
nous sauterait dessus avant même qu'on foule le sol de la
ville. On avise deux personnes âgées, bavardant sur des
chaises à même la rue. Elles doivent pouvoir nous orienter.
La tâche de demander m'incombe parce que Taos est timide et
Mustapha ne parle pas kabyle. Je fais ce rapport à mes
camarades de voyage : on doit faire demi-tour et, au
croisement, reprendre la direction de Bougaâ pour rallier
Seddouk-Oufella, village natal du cheikh. On a du mal à
sortir de la ville. On recourt une fois de plus à un
passant. Comme la première fois, c'est une personne âgée qui
nous indique une épicerie dans un virage. "Celui qui la
tient est de la famille du cheikh", dit-il. C'est bon à
prendre. Mais on a dû rater le virage. On tombe tout de même
sur la statue du cheikh. Si mes informations sont bonnes,
elle a été érigée à l'endroit même où le guide de la
confrérie Rahmanya a proclamé le jihad contre les Français.
Nous sommes le 8 avril 1871. Cheikh Aheddad conduit la
prière à Souk El Djemâa, appuyé sur ses enfants, M'hand,
lieutenant de Boubaghla lors de la révolte de 1851, et Aziz.
Le cheikh projette son bâton à terre et dit : "Nous
jetterons les envahisseurs à la mer de la même manière que
je jette ce bâton à terre." L'insurrection est partie. 15
000 hommes prennent les armes sous la bannière d'Aziz et de
M'hand, avec la bénédiction de cheikh Aheddad. Retour à
notre croisement d'origine. Pas question de se tromper de
direction cette fois-ci. On prend bien Bougâa. Ça grimpe du
diable ! Comme partout, les constructions poussent dans les
endroits les plus inattendus. On traverse un gros bourg aux
carcasses étalées à travers les mamelons. Dans la voiture,
la lassitude commence à gagner. Taos me confie qu'elle ne
s'imaginait pas que le village de cheikh Aheddad puisse se
nicher si haut. Mustapha, lui, se concentre sur la conduite.
Les virages se succèdent entortillant une route déserte. Un
arc de triomphe en métal planté à l'entrée d'un chemin
vicinal informe : "Seddouk Oufella, village historique,
Cheikh Aheddad, 1871". Le village est adossé au mont Achtoug.
Dominant d'une bonne tête la plaine, Seddouk Oufella a
quelque chose du nid d'aigle qui n'a rien à craindre des
attaques terrestres. Depuis la route, il faut rouler un bon
moment avant d'entrer dans le village. Première bonne
surprise : peu de baraques d'ostentation, ces colifichets
des nouveaux riches qui émaillent la Kabylie de leur
brillance de stuc et de parpaing. Les maisons ont été
reconstruites souvent à l'ancienne. Le matériau de base
demeure la pierre de taille et le ciment, un mélange de
terre et de paille. Ça dresse des murs pour des siècles !
Dan0s les rues escarpées, le silence est comme le symptôme
d'un recueillement éternel. La répression du soulèvement de
1871 est encore tapie dans les mémoires. Elle est transmise
comme un héritage de la résistance. Lorsque la révolte a été
écrasée, les hommes de la famille Aheddad sont arrêtés et
leurs biens mis sous séquestre. Le tribunal de Constantine,
devant lequel les insurgés sont présentés en 1873, reconnaît
la culpabilité du cheikh dans la proclamation de la révolte.
Le juge lui assène le verdict : "Le tribunal vous condamne à
5 ans de prison". Cheikh Aheddad rétorque : "Dieu ne
m'accorde que 5 jours". Le sixième jour, les gardiens le
retrouvent mort dans sa cellule de la prison de Constantine.
Son fils M'hand est déporté en Nouvelle-Calédonie. Aziz, son
cadet impétueux, celui qui aurait convaincu son père de
donner une caution religieuse à la révolte des djouad menée
par El Mokrani, est condamné à mort. Mais sa peine est
commuée en déportation en Nouvelle- Calédonie. Lorsque les
déportés communards sont amnistiés en 1879 et que Aziz
comprend que le gouvernement français n'avait pas
l'intention d'agir de même avec les insurgés d'Algérie, il
s'évade de l'île. Il gagne l'Australie, puis le Nedjaz.
C'est à Paris qu'il meurt à l'âge de 55 ans. Rapatrié en
Algérie, sa dépouille est accueillie par des milliers de
ferventes ouailles des Rahmanya. Des jeunes sous un préau :
ils sont prudents. Ils attendent qu'on aille vers eux. Ils
ne sont pas surpris d'apprendre que nous sommes là pour
cheikh Aheddad. "Tout le village, ce sont des Belhadad ou
presque", dit l'un deux. Sur le seuil de sa boutique,
l'épicier nous souhaite la bienvenue. C'est évidemment un
Belhadad. Mais la rencontre se fera devant la maison du
cheikh, sur cette petite place qui hésite entre la mosquée
et takhlijt, le quartier du guide spirituel de la tarika.
Tayeb Belhadad a 53 ans. Il est maçon, maigre et il fume
cigarette sur cigarette. "Je suis né ici, j'ai vécu ici, à
l'exception d'une parenthèse insignifiante, et si Dieu veut,
je mourrai ici", dit-il d'entrée de jeu comme pour expliquer
que la branche d'où il descend n'a pas été touchée par
l'exil. Des histoires d'évasion de Cayenne et l'île des Pins
sont courantes ici. Les enfants apprennent très tôt que leur
arrière-grand-père a fait la belle d'un bagne sous les
tropiques et qu'il a fait un crochet par l'Australie ou par
Londres. On vous dit ça avec la même simplicité qu'on
mettrait à vous confier : "Je suis allé prendre un café à
Seddouk-Centre !". Tayeb m'emmène visiter takhlijt n'acheikh.
Nous pénétrons par asqif, l'entrée. La porte, en bois
massif, artisanalement équarri, patiné, est rabattue vers
l'intérieur. Elle s'abrite sous un porche à la voussure en
pierre. Une partie de la maison est reconstruite et habitée
par un allié de la famille Belhadad. Restaurée, elle est une
bâtisse ordinaire, aussi quelconque que ce qu'on construit
aujourd'hui. Le bleu du mur jure avec l'ocre de la pierre de
taille, matériau traditionnel à Seddouk. Des maçons sont en
train de restaurer la maison, qui frôle la ruine. "Il y a
enfin un geste pour sauver cette maison", soupire Tayeb.
Tout le monde visitait la retraite du vieil ascète mais
aucun de ces responsables qui, à des moments donnés,
venaient gonfler leurs poumons d'oxygène patriotique n'a
fait le moindre geste pour que la maison reste debout comme
l'a été le cheikh face à l'envahisseur. "Un miracle vient
donc de se produire", ironise Tayeb. Les quatre maçons qui
s'affairent aux extrémités d'afrag, la cour intérieure,
semblent tenus par un échéancier. Deux sont jeunes. Les deux
autres sont expérimentés. Parmi les deux plus jeunes, l'un
est un Belhadad. "Ils retapent la maison à l'ancienne",
précise Tayeb. Il faut juste consolider pour que les murs ne
s'effondrent pas. La maison est ce qu'on faisait de mieux à
l'époque. Dans la cour, pavée de ciment, et dénivelée, une
jarre vieille comme la maison traîne plutôt que trône. Des
tréteaux sont dressés par les maçons. A gauche, une pièce à
la forme géométrique relativement imprécise baigne dans une
obscurité épaisse. Une porte, au fond de la pièce, s'ouvre à
l'extérieur sur une venelle qui sinue vers les rives de la
Soummam. Le mur n'est pas percé de fenêtres, mais juste de
petits trous rectangulaires. L'une de ces meurtrières donne
sur la venelle. "Lorsqu'il ne pouvait ni sortir ni recevoir
chez lui, dit Tayeb, cheikh Aheddad parlait aux siens par
cette meurtrière sans quitter son refuge". Takhlijt n'achikh
est une cellule monacale à moitié enfouie sous terre. On y
entre en baissant la tête et, une fois à l'intérieur, le
champ d'action est limitée. Dans un coin, des étagères sont
maçonnées dans le mur. Tout cela est bien spartiate mais
n'était-ce pas le lieu de vie d'un mystique dont l'ascétisme
a forcé l'admiration de ses contemporains. Le 13 juillet
1871, cheikh Aheddad conduit une délégation de moqadems de
la tarika partie à Tizi Lakehal pour offrir la soumission au
général Saussier. Un militaire français témoigne : "Son âge,
ses malheurs, sa figure émaciée par toute une vie
d'ascétisme et de réclusion, la dignité de son attitude
frappèrent les plus indifférents et les plus sceptiques de
nos soldats." Pendant toute cette journée, raconte-t-on,
alors qu'il est gardé sous une tente, cheikh Aheddad
recevait les spahis et les auxiliaires algériens qui
venaient lui baiser la main en signe de respect et de
dévouement. "On va à la mosquée si vous voulez bien",
propose Tayeb. Les dalles en ciment, encore fraîches, sont
l'ouvre de Tayeb. Axxam n'rabi, la maison de Dieu ou salle
des prières, est fermée par un portail en métal. Trois
paires de claquettes en plastique marron sont comme
stationnées devant une serpillière qui fait office
d'essuie-pied. Tout est ouvert, dans cette mosquée, sauf la
salle des prières. La porte d'entrée construite en arcade,
il suffit de la pousser pour pénétrer dans la cour dallée.
Les lavabos sont accessibles à tout le monde. Tout porte la
simplicité de l'islam traditionnel de Kabylie. Pas la
moindre ostentation. Avec ses deux balcons pour l'appel à la
prière de vive voix, sa hauteur raisonnable, sa forme
massive, le minaret est un signe de sobriété. Tayeb nous
entraîne vers l'ancienne mosquée, celle dans laquelle cheikh
Aheddad transmettait le message de la tarika. Il s'installe
dans un petit bâtiment situé sur ses terres en contrebas de
Seddouk Oufella. Après la spoliation, le bâtiment servira
d'école relevant de l'éducation nationale. Que la direction
de la confrérie Rahmanya, la plus puissante de l'époque,
s'installe à Seddouk, tout le mérite en revient au cheikh.
Né en 1791, Mohammed Ameziane Ben Ali est issu d'une famille
laïque de forgerons. Contrairement à l'usage, c'est donc un
homme qui n'appartient pas à un lignage religieux qui
dirigera de 1857 à 1873 l'ordre fondé à Aït Smaïl par Sidi
Abdarahmane Bou Qabrine, le saint aux deux tombeaux,.
L'implication de la Rahmanya, par son chef d'alors Hadj Amar,
dans le soulèvement anti-colonial de 1957 ayant entraîné la
fermeture de la zaouïa, cheikh Aheddad reprend le flambeau à
Seddouk, un village vieux de huit siècles. Il donne à
l'ordre non seulement une aura nouvelle mais aussi une
perméabilité au destin de ses adeptes, ce qui fait de lui à
ce jour le symbole d'une mystique de la résistance. La
mosquée est une pièce dans un tunnel. Les dalles maçonnées
dans le mur même de part et d'autre du chemin font comme les
travées d'une assemblée. Derrière la maison du cheikh, une
porte en fer. Une main innocente a écrit sur le fond couleur
rouille : coiffure. Plus bas encore, on tombe sur une
galerie qui forme comme un belvédère ouvert la vallée. Deux
grandes salles de prière ou d'enseignement sont à l'abandon.
"Ce sont les khouans (les ouailles) du cheikh, venus de
toute la Kabylie, qui ont construit cet ensemble", dit Tayeb.
Tout tombe en ruine. On reprend la galerie dans l'autre
sens. Le local de l'association Issoulas, dédiée à la
connaissance de cheikh Aheddad, est fermé. Les jeunes qui
nous avaient vus arriver sont au même endroit. L'épicier
fait la sentinelle devant son échoppe. Tayeb nous invite à
prendre un jus Touja chez son cousin. Entre les sandales
made in China et les légumes de la vallée, on parle de
voyages. Voyage dans l'espace. Voyage dans le temps. "J'ai
le regard long et la main courte", dit Tayeb. Traduire : Je
vois et je projette loin, mais ne peux y aller. J'ai promis
de citer le nom de l'auteur de ces propos. Il s'appelle
Tayeb Belhadad.
A. M.
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Sur le quotidien "LIBERTE", on
parle, aujourd'hui, de ce grand Homme...Ibn Khaldoun...Le
connaissons nous...vraiment???...Ah, s'il pouvait nous
"voir"...il serait..."peut être"...si "triste"...
CONTRECHAMP
Chronique
(Mardi 20 Juin 2006)
Notre "histoire" avec
Ibn Khaldoun
Par
:
Mustapha Hammouche
Un colloque est en train de faire revivre Ibn
Khaldoun. Cet esprit a quelque chose de fascinant. On
serait tenté de le proclamer père de la sociologie
universelle, au risque d'être confondu
d'incompétence épistémologique ou d'être accusé de verser
dans le lyrisme chauviniste de ceux qui n'ont que le passé
à faire valoir.
Nos leaders comme nos éminences nous conseillent de lire
et de relire Ibn Khaldoun. Peut-être parce qu'ils doutent
de notre capacité à le comprendre. À moins que ce ne soit
parce qu'ils n'arrivent pas à saisir le sens de son ouvre.
Tout se passe comme si nous avions un rapport patrimonial
à nos penseurs : nous le revendiquons au lieu de nous en
revendiquer. Pour l'heure, nous apprenons qu'il a vécu à
Béjaïa, Tlemcen, Biskra et Tiaret. En voilà un que les
Tunisiens n'auront pas, eux qui nous contestent déjà saint
Augustin le Bônois !
Ce souci d'appropriation qui prime sur la quête
pédagogique se retrouve dans l'intervention d'une
chercheuse algérienne qui démontrait que les Arabes
s'étaient appropriés Ibn Khaldoun, et l'ont lu bien avant
qu'il ne soit exhumé par les Européens.
Puisque Ibn Khaldoun fut un analyste de génie,
qu'avons-nous fait pour profiter de ses brillants examens
de notre société, disponibles depuis plus de cinq siècles
? Par quel effet avons-nous eu nos hommes des lumières,
mais pas nos siècles des lumières ?
Il y a quelque chose de fascinant dans Ibn Khaldoun à
l'évidence. Mais fascinante aussi est la manière dont nous
le traitons. Parce qu'il est à nous et qu'il jouit d'une
reconnaissance universelle, nous nous en réclamons avec
une brave insistance. Au lieu de le récupérer, aux sens
propre et figuré cela, peut-être aurait-on pu honorer son
génie en s'inspirant de ses pertinentes observations pour
hâter le développement de sa société héritière.
Sans être khaldounien émérite, on sait par exemple qu'il a
établi qu'en période de imran - en gros, construction
nationale -, une justice bien faite et bien rendue
constitue la meilleure garantie d'homogénéité
sociopolitique. On croit savoir aussi que, d'après ses
réflexions jusqu'ici peu démenties, la açabia est à l'État
ce que le féodalisme est à la modernité.
Dans notre langue et sans avoir à l'importer, nous
disposons du principe de l'État de droit comme principe de
cohésion nationale et du principe du dépassement du
régionalisme et du tribalisme comme principe de modernité.
Cela nous avance à quoi ?
Mais peut-être ne pense-t-on qu'à consolider le pouvoir au
lieu de consolider la société, la raison politique n'ayant
rien à voir avec la raison scientifique. "Tout édifice
monarchique doit reposer sur deux fondations. La première
est la force et l'esprit de corps, c'est-à-dire l'armée.
La seconde est l'argent qui fournit la solde des troupes
et entretient toute la structure de l'État. C'est là, à
ces deux bases, que s'attaque la décadence. On verra
successivement comment elle s'en prend à la force d'une
dynastie et à son esprit de corps, puis comment elle porte
atteinte aux finances de l'État et à ses revenus ..."
C'est de lui.
Et "l'histoire se répète", c'est de lui aussi.
M. H
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