Accueil

Vidéos

Enfance et scolarité

Moussa et le Foot :

          - MC Alger

          - E. Nationale

          - JSM Tiaret

          - USM Harrach

          - Paradou AC

Les amis de Moussa

Les hobbys de Moussa

L'accident et le décès

les victimes du foot

Nouveautés

Tournoi des amis

Cadeaux-Hommage

Sport et Santé

La voix de la Colombe

Le livre d'Or

Liens


 Retour vers la page d'accueil                      

        

       Dans le paysage politique de notre Pays, on note les difficultés endurées par six (6) quotidiens nationaux de la presse libre et infligées par les autorités, depuis le lundi 18- 08- 2003. Cela se manifeste par des "tentatives" d'intimidation  diverses dont la suspension pour "raisons commerciales" et les convocations dans des commissariats de police.

       Il est à souligner que la liberté d'expression est l'un des rares acquis de notre "jeune démocratie". C'est un précieux acquis pour lequel il faut se mobiliser, afin de le préserver et de le conserver, à moins que nous voulions vivre dans l'opacité la plus... totale.

        Pour en savoir plus sur cette "affaire", vous pouvez consulter, sur Internet, les sites Web des quotidiens auxquels on veut faire baisser le ton.

     Le journal

      Le site

LIBERTE    www.liberte-algerie.com
LE MATIN    www.lematin-dz.com/accueil
Le Soir D'ALGERIE    www.lesoirdalgerie.com
El khabar    www.elkhabar.com
L'EXPRESSION    www.lexpressiondz.com
Er-Raï    www.errai-dz.com

 

       Ce site n'a aucune vocation politique ou commerciale, mais ce qui arrive nous interpelle et ne nous indiffère pas. Alors, en signe de solidarité avec les collectifs de ces journaux, nous leur disons, tout en les saluant:

      "Bon courage pour le combat et tenez bon; vous n'êtes pas seuls!

Cordialement." 

 

*********************************************************

       

       Après la fermeture du quotidien "LE MATIN", Que deviennent les journalistes qui y travaillaient??? et que deviennent leurs familles, leurs enfants....???....Bonjour à eux....Nous leur souhaitons bon courage et les assurons de tout notre soutien.

 

       Je n'oublie pas, bien sûr, de témoigner toute notre solidarité à Mr Benchicou le directeur de ce quotidien. Il a été mis en prison pour deux années pour ses écrits....entre autres.....Ses "mots" de chaque jeudi n'étaient pas à rater......Espérons qu'il ne tarde pas à revenir parmi les siens qui sont très nombreux.......Je mettrai, ici, quelque chose de lui dès que possible......

       

       Chaque mercredi, "Métaphores" "était" une chronique incontournable et c'est l'une de mes préférées....En voici "un échantillon" datant du mercredi 21 Avril 2004....

 

Métaphores

Par Ammar Belhimer

 

« La maison de l'obéissance »

 

      Les premiers indices que livrent les événements quant au scrutin du 8 avril plaident pour « le dilemme du prisonnier » qui, en théorie relate le cas où, craignant le comportement opportuniste de celui auquel il est confronté, le joueur choisit une solution qui minimise les risques, même s'il peut tirer meilleurs profits et avantages s'il était en situation de coopération ou de confiance. La suite des événements indiquera forcément ma consistance précise du jeu et ce qui peut résulter de cette défaillance.
      C'est la raison pour laquelle il convient aujourd'hui de ne pas focaliser le débat sur les personnes, car aussi exécrables qu'elles soient, si elles n'avaient pas été là, d'autres auraient certainement fait à peu près la même chose. Ce sont les forces sous-jacentes qu'il importe de sérier en termes de système. Ce dernier, bien que toujours en cours de maturation, gagne en cohésion et en cohérence, en raison tout autant de son caractère oligarchique et de l'habitus qui s'installe en son sein que de son « endogamie-homogamie ». Ce dernier binôme évoque la cohérence humaine qu'il recèle du fait des relations de sang (et d'affaires aussi) qui se nouent à l'intérieur du groupe, qu'il soit un clan, une tribu ou une caste, alors que l'habitus révèle ce qui se profile comme manières d'être et comme façons de faire et de réagir communes à ce groupe. L'oligarchie est ce qui oppose le groupe à la démocratie parce que le pouvoir réel se transmet en son sein.
      Inutile de préciser qu'en l'espèce, l'autoritarisme que cela génère est aveugle, cupide et grossier.
      Il y a là un thème majeur à cogitation que n'autorise pas encore le besoin d'opacité inhérent à la jeunesse et à la fragilité du groupe. Le faire, c'est toucher à son intimité et s'exposer à des réactions imprévisibles.
      A ce titre, « la maison de l'obéissance », par laquelle Abdelhamid Mehri désigne l'enclos réservé au FLN par le système né de ses cendres au lendemain de l'Indépendance, mérite plus qu'un simple survol de chroniqueur. Elle suggère qu'on s'intéresse à ce qui est tapi derrière la vitrine, c'est-à-dire la boutique et l'arrière-boutique. Y séjournent, hors de toute échéance électorale et de tout contrôle, les programmeurs de carrière et les distributeurs de rôles et de rentes. Et rien n'échappe à leur volonté, ni le destin du dernier-né de Bir El Ater, ni le bénéficiaire d'une attribution AADL. Elle suggère aussi qu'entre le FLN et le système, le rapport est plus que charnel et que toute volonté d'affranchissement du premier est vite associée à la fugue, voire à l'adultère, de la femme mariée, la sanction tenant à sa mise en quarantaine et, premier avertissement, à de frivoles relations avec une tierce personne qui, pour l'instant, ne peut être qu'une maîtresse.
      Nombre de valeurs unissent ce couple bien vieillissant, quelque peu pervers et naturellement bruyant.
      Derrière les tumultes de l'âge, il y a bien entendu des mutations. La première, et non des moindres, est cette volonté désespérée de l'autodidacte de se mettre au goût du jour, celui de l'économie de marché, en s'appropriant, sans trop savoir comment, des biens jadis indivis.
      La vieille thèse boumédiéniste de « qui veut faire fortune libère le pouvoir » a subitement cédé au profit du « pantouflage », une expression par laquelle on désigne aujourd'hui le transfert fulgurant d'un fonctionnaire ou d'un gestionnaire du service ou du secteur public à une fonction privée, de propriété ou de gestion, dans un domaine en relation avec son activité antérieure. En Algérie, « le pantouflage » est monnaie courante et nul ne s'en inquiète outre mesure. Ailleurs, on s'efforce de le juguler pour s'épargner des conflits d'intérêt et, surtout, pour préserver la confiance dans les institutions publiques.
L'esprit d'initiative propre à une économie de marché réellement concurrentielle est férocement réprimé, tout autant que l'expression libre, critique et constructive. A défaut de valoriser l'individualisme, l'économie de bazar nourrit l'anomie, au sens que lui donne Émile Durkheim de trouble social exprimant l'indifférence d'une personne à l'égard de la société ou son incapacité à s'inscrire dans les règles qui en assurent le bon fonctionnement.
La société, elle, se réfugie naturellement ­- peut-elle faire autrement ? - dans la réfraction, essentiellement parce que le mode d'accès à une propriété stable et à un pouvoir légitime n'est pas connu et partagé de tous.
      L'effet Mathieu, communément attribué à l'évangéliste auteur de la célèbre maxime « aux riches, il sera donné, aux pauvres, il sera retenu », expose les larges couches populaires à une paupérisation qui n'a pas d'égale depuis l'époque coloniale.
      Le relâchement social qui en découle tient, entre autres, à l'extinction de la classe moyenne. Or, historiquement, les progrès politiques que l'on attribue habituellement à la démocratie, notamment « l'Etat de droit » et le rejet de la concentration des pouvoirs, avaient été d'abord son exigence, avant d'être son oeuvre.
      L'expression la plus manifeste de ce gâchis et de cette faille sociale est l'exil, forcé ou suscité, d'une génération entière d'intellectuels de valeur, l'absence d'un mouvement estudiantin critique et frondeur, d'un corps de chercheurs assidus, de puissants syndicats d'enseignants, de magistrats, d'avocats, de médecins, etc. Tous ces corps demeurent les victimes désignées de ce que Lacan ramassait sous le vocable sciemment provocateur de « canaille » par lequel il traduisait « une affirmation d'anti-intellectualisme ». La dévalorisation du savoir, de l'érudition, en un mot de l'esprit, au sein de la société, en est la traduction.
      Les matrices néocoloniales de l'ajustement externe sont venues se greffer à une situation politique interne digne du stalinisme où le pluralisme en vigueur tient à un alignement inconsidéré de formations issues du même moule, des mêmes intérêts et des mêmes pratiques. L'autorité se veut sûre, dure et entière.
      Des hommes politiques avisés avaient fort opportunément averti que pour remonter du puits, il fallait d'abord toucher le fond. Or, l'avons-nous déjà touché et comment le savoir ?
Quelles que soient les réponses que suggèrent ces questions fort pertinentes, il y a tout de même lieu de se rassurer : il n'y a pas de quoi craindre une euthanasie nationale. L'état comateux dans lequel sommeillent encore l'économie, les forces sociales et les acteurs politiques - il nous est imputable à tous - n'est pas insurmontable.
Au pire, on se consolera de ces vers d'Aragon : « Ne s'éteint que ce qui brilla. » C'est-à-dire l'oeuvre des coeurs généreux et des esprits sans cesse créateurs, tenaces et persévérants.
A. B.

 

*********************************************************

    

     L'article suivant est pour "la mémoire"; il a été signé par Mr Maâmar Farah que j'apprécie beaucoup et que j'aime lire. "LES MOTS DU JEUDI" est une chronique très interessante qui a une dimension ...humaine....

     Quand j'ai lu les "Cent bougies....", j'ai ressenti le "besoin" de "les" ramener pour "éclairer" cette page......

     Ce sont les victimes de la profession durant la crise Algérienne......Puisse Dieu leur accorder, ainsi qu'à toutes les autres victimes, sa sainte miséricorde et les accueillir dans ses  "fassîhi djinânihi"......et qu'il vienne en AIDE à tous leurs proches........

LES MOTS DU JEUDI (2 dec. 2004)

Cent bougies pour chasser l'obscurité

......

 

.....Taisez-vous un moment et écoutez l'histoire, la vraie, celle qui ne s'écrit pas dans les livres officiels. Mais celle qui vivra éternellement dans le cour de ce pays, dans l'eau pure de ses ruisseaux, dans le ciel et la mer, dans les dunes de son Sahara, dans les gorges profondes de ses montagnes, dans les yeux des mômes qui rêvent de liberté ! Cette histoire s'en fout des règnes éphémères et des pouvoirs momentanés, elle s'en fout des urnes et des humeurs partisanes ! Elle a l'éternité pour elle. Demain, les générations sauront réserver à ces héros la place qu'ils méritent dans le panthéon de l'histoire. Et si vous êtes de ceux qui oublient trop vite, laissez tomber ce journal et précipitez-vous là où l'on distribue les dividendes des zerdas électorales. Ici, nous pleurons nos braves.

 

1993
Tahar DJAOUT, directeur de Ruptures. Rabah ZENATI, ENTV. Abdelhamid BENMENI, Algérie Actualités. Saâdeddine BAKHTAOUI, El Minbar (APUA). Abderrahmane CHERGOU, Alger Républicain et L'Hebdo libéré. Djamel BOUHIDEL, photographe Le Nouveau Tell, à Blida. Mustapha ABADA, directeur général ENTV. Ismaïl YEFSAH, ENTV. Youcef SEBTI, indépendant, écrivain, poète.

1994
Rachid KODJA, radio. Abdelkader HIRECHE, ENTV. Mohamed HASSAINE, Alger Républicain, disparu à Hammadi. Hassan BENAOUDA, ENTV. Yahia BENZAGHOU, APS, cellule Communication du Premier ministre. Abdelmadjid YACEF, photographe L'Hebdo libéré. Rachid BENDAHOU, L'Hebdo libéré. Mohamed MECEFFEUK, El Watan. Ferhat Cherkit, El Moudjahid. Hichem GUENIFI, radio ENRS. Yasmina DRISSI, Le Soir d'Algérie. Mohamed Lamine LEGOUI, APS à Bousâada. Laïd-Ali AIT EL-HARA? Radio. Mouloud BAROUDI, photographe ANAF à Tipaza. Smail SBAGHDI, APS. Lahcene BENSAADALLAH, directeur de El Irchad. Tayeb BOUTERFIF, radio. Farah ZIANE, rédacteur-en-chef de Révolution Africaine, à Blida. Mohamed-Salah BENACHOUR, APS, à Blida. Kaddour BOUSSELHAM, Horizons, disparu à Mascara. Yasser El-AKEL El Massa. Nasser-Eddine LAKEHAL, El Massa, à Boufarik. Ahmed ISSAAD, radio, à Boufarik. Saïd MEKBEL, directeur du Matin.

1995
Zineddine ALIOU-SALAH, Liberté, à Blida. Ali ABOUD, radio Chaîne1. Abdelmadjid Yahiaoui, Echaâb. Nacer OUARI,  ENTV. Djameleddine ZAITER, El Djoumhouria, à Gdyel. Mahmoud OUARHOUM, APS. Rachida HAMMADI, ENTV, mourra de ses blessures le 31. Houria HAMMADI, ENTV, soeur de Rachida, meurt sur le coup. Ali BOUKHERBACHE, El-Djoumhouria, directeur de Media TV. Mohamed ABDERRAHMANI, directeur El-Moujahid.Makhlouf BOUKHEZAR, ENTV, à Constantine. Azzedine SAIDJ, El Ouma. Bakhti BENAOUDA, indépendant, écrivain, à Oran. Malika SABOUR, Echourouk El Arabi. Mourad HEMAZI, ENTV. Ahmed TAKOUCHET, Radio Cirta. Naïma HAMOUDA, Révolution Africaine. Ameur OUAGUENI, Le Matin. Saïd TAZROUT, Le Matin, à Tizi Ouzou. Brahim GUERROUI, caricaturiste, El Moujahid. Yasmine BRICK, radio Chaîne 1. Radja BRAHIMI, ENTV, à Dellys. Said BRAHIMI, ENTV, à Dellys. Rabah LALLALI, ENTV. Abdelwahab SAADAOUI, Echaâb. Ahmed BOUGUERRA. Saida DJEBAILI, El Hayat El Arabi. Ahmed Mustapha LAZHAR, El Hayat El Arabi. Mohamled FETTAH, ENTV. Nourredine SERDOUK, Liberté. Khaled GUERDJOUMA. Omar OURTILANE, rédacteur-en-chef El-Khabar. Ahmed KHALFOUN, APS. Hamid MAHIOUT, Liberté. Hamidou BENKHERFELLAH, Liberté. Khedidja DAHMANI, Echourouk El Arabi. Abdelkrim BENDAOUD, ENTV. Mohamed BELKESSAM, chef de production ENTV. Khaled MERIOUD, réalisateur ENTV. Taleb ADEN, indépendant.

1996
Mohamed MEKATI, El Moudjahid. Khaled ABOULKACEM, L'Indépendant. Abdallah BOUHACHEK, Révolution et Travail, à Blida. Allaoua AIT-MEBAREK, dir. de la rédaction le Soir d'Algérie. Mohamed DORBANE, le Soir d'Algérie. Djamel DERAZA, le Soir d'Algérie. Naïma ILLOUL, ENTV. Achour BELGHEZLI, Le Pays, à Tizi Ouzou. Dalila DRIDECHE, Le Pays, à Tizi Ouzou. Mourad TAAM, radio. Belkacem SAADI, ENTV Constantine, à Skikda. Slim TRIA, radio. Djilali ARABDIOU, photographe Algérie-Actualités. Yahia AMOUR, ENTV. El Hadi SLIM, ENTV. Djamel BOUCHIBI, El-Moudjahid. Farida BOUZIANE, Le Pays, à Draâ Ben Khedda. Boualem TOUARI, ENTV. Mohamed KESSAB, Radio Coran et Radio-Mitidja.. Mokrane HAMOUI, directeur commercial Echourouk El-Arabi. Boussaâd ABDICHE, El Moudjahid.

1997
Messaoud BELLACH, El Moudjahid. Si-Ali REGUIEG, ENTV. Abdelwahab HARROUCHE, El Moudjahid. Ali TENKHI, ENTV. Zoubida BERKANE, ENTV.

 

........

 

*  *  *  *  *  *  *  *  

     Je ne résiste pas à l'envie de rajouter "un bout" des "mots" suivant pour deux raisons essentiellement:

 

1°- Mon grand-père maternel Ouzzani Md Saïd, Allah yerrahmou, a été Imam (et "moudariss") à Djemaâ Saharidj à la fin des années 60 et c'est là bas qu'il repose.....L'enfant que j'étais à l'époque garde de son enterrement un souvenir...grandiose....Il aimait cette région et ses habitants (que je salue au passage) le lui rendaient bien....On l'aimait.......J'aurais tellement voulu le connaître un peu plus...mais le destin a ses raisons........Akirhem Rebbi a jeddi....hamlaghk.....

Adhirham Rebbi Mr "Salah" à qui est dédié l'article......

Adhirham Rebbi tous ceux qui nous ont quittés......

 

2°- Le post-sriptum adressé à Mr Mohamed Benchicou est très...émouvant.....

 

LES MOTS DU JEUDI (25 nov. 2004)

 

Djemaâ Saharidj ou le rêve inachevé de Salah

 

.....

    Puis, après un long silence : « Mon rêve, c'est d'offrir à Djemaâ Saharidj quelque chose qui restera après moi. J'y pense et j'y travaille. Un projet qui allégera un petit peu les souffrances de quelques-uns. Un orphelinat, une maison de vieilliards, un projet humanitaire. »

    Aujourd'hui que je pense à cette magnifique nuit passée à mi-chemin de la plaine du Sebaou et des altitudes de Ain El Hammam, quelque chose me dit que, là-haut où il repose pour l'éternité, Salah doit être bien heureux de voir que les enfants de Djemaâ Saharidj continuent de porter haut le flambeau de l'identité et de la solidarité. Où qu'ils se trouvent. Même dans le lointain Québec où le poète originaire de ces monts imprenables, prolonge le rêve :

 

 

An ruhad arruah u zerzur
I qad maghid ughamac
Nufad mid neguer lebhur
Agris adfal yess tawhac

 

M.F

 

P.S. : A Benchicou, je dédie ces vers en l'assurant du soutien de tous les braves d'Algérie. Déjà cinq mois et quelques poussières. Il ne reste pas beaucoup.Dans quelques secondes, tu seras libre. Demande à Mandela. Il te le dira.

 *  *  *  *  *  *  *  *  

Aujourd'hui, Lundi 17 octobre 2005, le reportage de Arezki Metref sur le quotidien "Le Soir D'ALGERIE est un "hommage" à un grand de la résistance Algérienne face à la colonisation. Il s'agit de Feu Cheikh Aheddad de Seddouk...;de chez moi....je n'ai pu y résister...

Kabylie Story : KABYLIE STORY II
Seddouk Ouffella : solitude post-mortem de Cheikh Aheddad
Par Arezki Metref

 

Taos, ma vieille complice d'Akbou, a un contact. Un confrère, qui habiterait Seddouk, lui avait dit qu'elle pouvait compter sur lui. En grimpant dans la Hyundai bleu pétrole conduite par Mustapha, un copain d'Alger que j'entraîne dans ces nouvelles pérégrinations, elle se désole de ne pas me donner de réponse. Le confrère ne répond pas au téléphone. On essaye une dernière fois. La voix métallique du répondeur nous apprend invariablement que le correspondant est injoignable. On va tout de même à Seddouk, après un crochet par Sidi Yahia, le marabout thermal qui fait un tabac. N'étant plus tout à fait une piste, la route n'est cependant pas encore confortablement carrossable. Conclave dans la voiture : compte tenu du peu de temps dont nous disposons, mieux vaut sacrifier Sidi Yahia. Il sera encore là, un autre jour.
On préfère foncer sur Seddouk, dans l'ignorance de cette nuance décisive : c'est qu'il y a Seddouk bada', le bas, Seddouk Oufella, le haut, et Seddouk centre. C'est là-dedans que nous arrivons. Les rues sont tirées au cordeau. Il ne serait pas étonnant que, comme dans certaines villes des Etats-Unis, les rues portent des numéros plutôt que des noms. On avait imaginé que le souvenir de cheikh Aheddad nous sauterait dessus avant même qu'on foule le sol de la ville. On avise deux personnes âgées, bavardant sur des chaises à même la rue. Elles doivent pouvoir nous orienter. La tâche de demander m'incombe parce que Taos est timide et Mustapha ne parle pas kabyle. Je fais ce rapport à mes camarades de voyage : on doit faire demi-tour et, au croisement, reprendre la direction de Bougaâ pour rallier Seddouk-Oufella, village natal du cheikh. On a du mal à sortir de la ville. On recourt une fois de plus à un passant. Comme la première fois, c'est une personne âgée qui nous indique une épicerie dans un virage. "Celui qui la tient est de la famille du cheikh", dit-il. C'est bon à prendre. Mais on a dû rater le virage. On tombe tout de même sur la statue du cheikh. Si mes informations sont bonnes, elle a été érigée à l'endroit même où le guide de la confrérie Rahmanya a proclamé le jihad contre les Français. Nous sommes le 8 avril 1871. Cheikh Aheddad conduit la prière à Souk El Djemâa, appuyé sur ses enfants, M'hand, lieutenant de Boubaghla lors de la révolte de 1851, et Aziz. Le cheikh projette son bâton à terre et dit : "Nous jetterons les envahisseurs à la mer de la même manière que je jette ce bâton à terre." L'insurrection est partie. 15 000 hommes prennent les armes sous la bannière d'Aziz et de M'hand, avec la bénédiction de cheikh Aheddad. Retour à notre croisement d'origine. Pas question de se tromper de direction cette fois-ci. On prend bien Bougâa. Ça grimpe du diable ! Comme partout, les constructions poussent dans les endroits les plus inattendus. On traverse un gros bourg aux carcasses étalées à travers les mamelons. Dans la voiture, la lassitude commence à gagner. Taos me confie qu'elle ne s'imaginait pas que le village de cheikh Aheddad puisse se nicher si haut. Mustapha, lui, se concentre sur la conduite. Les virages se succèdent entortillant une route déserte. Un arc de triomphe en métal planté à l'entrée d'un chemin vicinal informe : "Seddouk Oufella, village historique, Cheikh Aheddad, 1871". Le village est adossé au mont Achtoug. Dominant d'une bonne tête la plaine, Seddouk Oufella a quelque chose du nid d'aigle qui n'a rien à craindre des attaques terrestres. Depuis la route, il faut rouler un bon moment avant d'entrer dans le village. Première bonne surprise : peu de baraques d'ostentation, ces colifichets des nouveaux riches qui émaillent la Kabylie de leur brillance de stuc et de parpaing. Les maisons ont été reconstruites souvent à l'ancienne. Le matériau de base demeure la pierre de taille et le ciment, un mélange de terre et de paille. Ça dresse des murs pour des siècles ! Dan0s les rues escarpées, le silence est comme le symptôme d'un recueillement éternel. La répression du soulèvement de 1871 est encore tapie dans les mémoires. Elle est transmise comme un héritage de la résistance. Lorsque la révolte a été écrasée, les hommes de la famille Aheddad sont arrêtés et leurs biens mis sous séquestre. Le tribunal de Constantine, devant lequel les insurgés sont présentés en 1873, reconnaît la culpabilité du cheikh dans la proclamation de la révolte. Le juge lui assène le verdict : "Le tribunal vous condamne à 5 ans de prison". Cheikh Aheddad rétorque : "Dieu ne m'accorde que 5 jours". Le sixième jour, les gardiens le retrouvent mort dans sa cellule de la prison de Constantine. Son fils M'hand est déporté en Nouvelle-Calédonie. Aziz, son cadet impétueux, celui qui aurait convaincu son père de donner une caution religieuse à la révolte des djouad menée par El Mokrani, est condamné à mort. Mais sa peine est commuée en déportation en Nouvelle- Calédonie. Lorsque les déportés communards sont amnistiés en 1879 et que Aziz comprend que le gouvernement français n'avait pas l'intention d'agir de même avec les insurgés d'Algérie, il s'évade de l'île. Il gagne l'Australie, puis le Nedjaz. C'est à Paris qu'il meurt à l'âge de 55 ans. Rapatrié en Algérie, sa dépouille est accueillie par des milliers de ferventes ouailles des Rahmanya. Des jeunes sous un préau : ils sont prudents. Ils attendent qu'on aille vers eux. Ils ne sont pas surpris d'apprendre que nous sommes là pour cheikh Aheddad. "Tout le village, ce sont des Belhadad ou presque", dit l'un deux. Sur le seuil de sa boutique, l'épicier nous souhaite la bienvenue. C'est évidemment un Belhadad. Mais la rencontre se fera devant la maison du cheikh, sur cette petite place qui hésite entre la mosquée et takhlijt, le quartier du guide spirituel de la tarika. Tayeb Belhadad a 53 ans. Il est maçon, maigre et il fume cigarette sur cigarette. "Je suis né ici, j'ai vécu ici, à l'exception d'une parenthèse insignifiante, et si Dieu veut, je mourrai ici", dit-il d'entrée de jeu comme pour expliquer que la branche d'où il descend n'a pas été touchée par l'exil. Des histoires d'évasion de Cayenne et l'île des Pins sont courantes ici. Les enfants apprennent très tôt que leur arrière-grand-père a fait la belle d'un bagne sous les tropiques et qu'il a fait un crochet par l'Australie ou par Londres. On vous dit ça avec la même simplicité qu'on mettrait à vous confier : "Je suis allé prendre un café à Seddouk-Centre !". Tayeb m'emmène visiter takhlijt n'acheikh. Nous pénétrons par asqif, l'entrée. La porte, en bois massif, artisanalement équarri, patiné, est rabattue vers l'intérieur. Elle s'abrite sous un porche à la voussure en pierre. Une partie de la maison est reconstruite et habitée par un allié de la famille Belhadad. Restaurée, elle est une bâtisse ordinaire, aussi quelconque que ce qu'on construit aujourd'hui. Le bleu du mur jure avec l'ocre de la pierre de taille, matériau traditionnel à Seddouk. Des maçons sont en train de restaurer la maison, qui frôle la ruine. "Il y a enfin un geste pour sauver cette maison", soupire Tayeb. Tout le monde visitait la retraite du vieil ascète mais aucun de ces responsables qui, à des moments donnés, venaient gonfler leurs poumons d'oxygène patriotique n'a fait le moindre geste pour que la maison reste debout comme l'a été le cheikh face à l'envahisseur. "Un miracle vient donc de se produire", ironise Tayeb. Les quatre maçons qui s'affairent aux extrémités d'afrag, la cour intérieure, semblent tenus par un échéancier. Deux sont jeunes. Les deux autres sont expérimentés. Parmi les deux plus jeunes, l'un est un Belhadad. "Ils retapent la maison à l'ancienne", précise Tayeb. Il faut juste consolider pour que les murs ne s'effondrent pas. La maison est ce qu'on faisait de mieux à l'époque. Dans la cour, pavée de ciment, et dénivelée, une jarre vieille comme la maison traîne plutôt que trône. Des tréteaux sont dressés par les maçons. A gauche, une pièce à la forme géométrique relativement imprécise baigne dans une obscurité épaisse. Une porte, au fond de la pièce, s'ouvre à l'extérieur sur une venelle qui sinue vers les rives de la Soummam. Le mur n'est pas percé de fenêtres, mais juste de petits trous rectangulaires. L'une de ces meurtrières donne sur la venelle. "Lorsqu'il ne pouvait ni sortir ni recevoir chez lui, dit Tayeb, cheikh Aheddad parlait aux siens par cette meurtrière sans quitter son refuge". Takhlijt n'achikh est une cellule monacale à moitié enfouie sous terre. On y entre en baissant la tête et, une fois à l'intérieur, le champ d'action est limitée. Dans un coin, des étagères sont maçonnées dans le mur. Tout cela est bien spartiate mais n'était-ce pas le lieu de vie d'un mystique dont l'ascétisme a forcé l'admiration de ses contemporains. Le 13 juillet 1871, cheikh Aheddad conduit une délégation de moqadems de la tarika partie à Tizi Lakehal pour offrir la soumission au général Saussier. Un militaire français témoigne : "Son âge, ses malheurs, sa figure émaciée par toute une vie d'ascétisme et de réclusion, la dignité de son attitude frappèrent les plus indifférents et les plus sceptiques de nos soldats." Pendant toute cette journée, raconte-t-on, alors qu'il est gardé sous une tente, cheikh Aheddad recevait les spahis et les auxiliaires algériens qui venaient lui baiser la main en signe de respect et de dévouement. "On va à la mosquée si vous voulez bien", propose Tayeb. Les dalles en ciment, encore fraîches, sont l'ouvre de Tayeb. Axxam n'rabi, la maison de Dieu ou salle des prières, est fermée par un portail en métal. Trois paires de claquettes en plastique marron sont comme stationnées devant une serpillière qui fait office d'essuie-pied. Tout est ouvert, dans cette mosquée, sauf la salle des prières. La porte d'entrée construite en arcade, il suffit de la pousser pour pénétrer dans la cour dallée. Les lavabos sont accessibles à tout le monde. Tout porte la simplicité de l'islam traditionnel de Kabylie. Pas la moindre ostentation. Avec ses deux balcons pour l'appel à la prière de vive voix, sa hauteur raisonnable, sa forme massive, le minaret est un signe de sobriété. Tayeb nous entraîne vers l'ancienne mosquée, celle dans laquelle cheikh Aheddad transmettait le message de la tarika. Il s'installe dans un petit bâtiment situé sur ses terres en contrebas de Seddouk Oufella. Après la spoliation, le bâtiment servira d'école relevant de l'éducation nationale. Que la direction de la confrérie Rahmanya, la plus puissante de l'époque, s'installe à Seddouk, tout le mérite en revient au cheikh. Né en 1791, Mohammed Ameziane Ben Ali est issu d'une famille laïque de forgerons. Contrairement à l'usage, c'est donc un homme qui n'appartient pas à un lignage religieux qui dirigera de 1857 à 1873 l'ordre fondé à Aït Smaïl par Sidi Abdarahmane Bou Qabrine, le saint aux deux tombeaux,. L'implication de la Rahmanya, par son chef d'alors Hadj Amar, dans le soulèvement anti-colonial de 1957 ayant entraîné la fermeture de la zaouïa, cheikh Aheddad reprend le flambeau à Seddouk, un village vieux de huit siècles. Il donne à l'ordre non seulement une aura nouvelle mais aussi une perméabilité au destin de ses adeptes, ce qui fait de lui à ce jour le symbole d'une mystique de la résistance. La mosquée est une pièce dans un tunnel. Les dalles maçonnées dans le mur même de part et d'autre du chemin font comme les travées d'une assemblée. Derrière la maison du cheikh, une porte en fer. Une main innocente a écrit sur le fond couleur rouille : coiffure. Plus bas encore, on tombe sur une galerie qui forme comme un belvédère ouvert la vallée. Deux grandes salles de prière ou d'enseignement sont à l'abandon. "Ce sont les khouans (les ouailles) du cheikh, venus de toute la Kabylie, qui ont construit cet ensemble", dit Tayeb. Tout tombe en ruine. On reprend la galerie dans l'autre sens. Le local de l'association Issoulas, dédiée à la connaissance de cheikh Aheddad, est fermé. Les jeunes qui nous avaient vus arriver sont au même endroit. L'épicier fait la sentinelle devant son échoppe. Tayeb nous invite à prendre un jus Touja chez son cousin. Entre les sandales made in China et les légumes de la vallée, on parle de voyages. Voyage dans l'espace. Voyage dans le temps. "J'ai le regard long et la main courte", dit Tayeb. Traduire : Je vois et je projette loin, mais ne peux y aller. J'ai promis de citer le nom de l'auteur de ces propos. Il s'appelle Tayeb Belhadad.
A. M. 

*  *  *  *  *  *  *  *  

Sur le quotidien "LIBERTE", on parle, aujourd'hui, de ce grand Homme...Ibn Khaldoun...Le connaissons nous...vraiment???...Ah, s'il pouvait nous "voir"...il serait..."peut être"...si "triste"...

CONTRECHAMP

Chronique (Mardi 20 Juin 2006)

Notre "histoire" avec Ibn Khaldoun Par : Mustapha Hammouche
 

Un colloque est en train de faire revivre Ibn Khaldoun. Cet esprit a quelque chose de fascinant. On serait tenté de le proclamer père de la sociologie universelle, au risque d'être confondu d'incompétence épistémologique ou d'être accusé de verser dans le lyrisme chauviniste de ceux qui n'ont que le passé à faire valoir.
Nos leaders comme nos éminences nous conseillent de lire et de relire Ibn Khaldoun. Peut-être parce qu'ils doutent de notre capacité à le comprendre. À moins que ce ne soit parce qu'ils n'arrivent pas à saisir le sens de son ouvre.
Tout se passe comme si nous avions un rapport patrimonial à nos penseurs : nous le revendiquons au lieu de nous en revendiquer. Pour l'heure, nous apprenons qu'il a vécu à Béjaïa, Tlemcen, Biskra et Tiaret. En voilà un que les Tunisiens n'auront pas, eux qui nous contestent déjà saint Augustin le Bônois !
Ce souci d'appropriation qui prime sur la quête pédagogique se retrouve dans l'intervention d'une chercheuse algérienne qui démontrait que les Arabes s'étaient appropriés Ibn Khaldoun, et l'ont lu bien avant qu'il ne soit exhumé par les Européens.
Puisque Ibn Khaldoun fut un analyste de génie, qu'avons-nous fait pour profiter de ses brillants examens de notre société, disponibles depuis plus de cinq siècles ? Par quel effet avons-nous eu nos hommes des lumières, mais pas nos siècles des lumières ?
Il y a quelque chose de fascinant dans Ibn Khaldoun à l'évidence. Mais fascinante aussi est la manière dont nous le traitons. Parce qu'il est à nous et qu'il jouit d'une reconnaissance universelle, nous nous en réclamons avec une brave insistance. Au lieu de le récupérer, aux sens propre et figuré cela, peut-être aurait-on pu honorer son génie en s'inspirant de ses pertinentes observations pour hâter le développement de sa société héritière.
Sans être khaldounien émérite, on sait par exemple qu'il a établi qu'en période de imran - en gros, construction nationale -, une justice bien faite et bien rendue constitue la meilleure garantie d'homogénéité sociopolitique. On croit savoir aussi que, d'après ses réflexions jusqu'ici peu démenties, la açabia est à l'État ce que le féodalisme est à la modernité.
Dans notre langue et sans avoir à l'importer, nous disposons du principe de l'État de droit comme principe de cohésion nationale et du principe du dépassement du régionalisme et du tribalisme comme principe de modernité. Cela nous avance à quoi ?
Mais peut-être ne pense-t-on qu'à consolider le pouvoir au lieu de consolider la société, la raison politique n'ayant rien à voir avec la raison scientifique. "Tout édifice monarchique doit reposer sur deux fondations. La première est la force et l'esprit de corps, c'est-à-dire l'armée. La seconde est l'argent qui fournit la solde des troupes et entretient toute la structure de l'État. C'est là, à ces deux bases, que s'attaque la décadence. On verra successivement comment elle s'en prend à la force d'une dynastie et à son esprit de corps, puis comment elle porte atteinte aux finances de l'État et à ses revenus ..." C'est de lui.
Et "l'histoire se répète", c'est de lui aussi.

M. H

*  *  *  *  *  *  *  *  

 Retour vers la page d'accueil